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lundi 25 mai 2026
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« Trump sidère, Poutine manipule »

Au Café littéraire du festival Étonnants Voyageurs, dimanche après-midi, à Saint-Malo, la philosophe et philologue Barbara Cassin a livré une explication aussi dense qu’accessible sur la manière dont les mots deviennent aujourd’hui des armes politiques. Élue à l’Académie française, elle est venue présenter La guerre des mots. Trump, Poutine et l’Europe, un essai bref mais percutant qui sonne comme un manuel d’autodéfense intellectuelle face aux nouvelles propagandes contemporaines.

Dans La guerre des mots. Trump, Poutine et l’Europe (Flammarion), Barbara Cassin (à gauche sur la photo) analyse la manière dont Donald Trump et Vladimir Poutine utilisent le langage pour imposer des récits politiques à la frontière entre vérité et mensonge. Selon elle, ces dirigeants ne mentent pas de manière classique : ils fabriquent des univers de langage capables de modifier notre perception du réel. «Trump et Poutine prennent les mots très au sérieux. Tous deux croient à leur force parce qu’ils essayent d’en supprimer », lance-t-elle. « Il y a des mots chez Trump comme “différence”, “femme”, “injustice”, “dérèglement climatique”… Si vous les utilisez, vous n’êtes plus financés. Ça m’a terrifiée. »

Même logique chez Vladimir Poutine. « Il n’y a pas de guerre en Ukraine, seulement une opération militaire spéciale», rappelle-t-elle. Pour autant,  Barbara Cassin souligne une différence majeure entre les deux dirigeants. « Trump sidère parce qu’il dit n’importe quoi », explique-t-elle. «Il emploie un langage simplifié, outrancier et fondé sur la répétition. Plus c’est gros, mieux ça passe», résume-t-elle au sujet de ce que Trump appelle lui-même « l’hyperbole véridique ». Poutine, à l’inverse, serait selon elle « un excellent sociolinguiste ». Là où Trump simplifie, le Russe adapte constamment ses registres de langage, passant du discours d’État à l’argot populaire ou carcéral.« Il sait parler à toutes les strates de sa population », explique la philosophe. 

« Il faut apprendre à juger »

Face à ces stratégies, Barbara Cassin refuse le fatalisme. Son antidote tient en un mot : le jugement. « Ce qu’il faut apprendre aux enfants, c’est à juger », insiste-t-elle. Au passage, elle raconte une anecdote liée au pourfondeur du racisme sud-africain et prix Nobel, Nelson Mandela. Face à un musée raciste hérité de l’apartheid, l’ancien président sud-africain aurait refusé la destruction et préféré une simple pancarte : « Que pensez-vous de ce que vous voyez ? » Pour Barbara Cassin, tout est là : apprendre à exercer son esprit critique. À l’heure des slogans permanents et des récits simplifiés, comprendre les mots est devenu un enjeu démocratique.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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