La venue prochaine d’un constructeur chinois sur le site Stellantis de la Janais a ouvert un débat sensible au conseil de Rennes Métropole, jeudi soir. Entre impératif industriel, transition écologique et souveraineté économique, les élus métropolitains de la majorité ont affiché une ligne relativement commune : oui à une nouvelle production automobile si elle permet de consolider l’emploi rennais, et de préserver l’avenir industriel du site rennais sans perdre la maîtrise du projet.
« L’usine Rennes de Stellantis a pris depuis quelques années maintenant le virage de l’électrique », Matthieu Theurier.
Au sein de l’assemblée métropolitaine, les écologistes ont choisi une posture mesurée, loin d’un rejet de principe. «La prochaine voiture électrique produite à Rennes sera donc chinoise», a résumé leur porte-parole, Matthieu Theurier. « Ce partenariat annoncé avec le groupe chinois Dongfeng pour produire au moins un véhicule supplémentaire apparaît être une bonne nouvelle pour l’emploi», a insisté l’élu écologiste. Mais pour lui, impossible d’ignorer la fragilité du site rennais et les inquiétudes persistantes autour de son avenir. « Le site, nous le savons, est fragile, du fait notamment qu’elle ne produit aujourd’hui plus qu’un modèle unique de véhicules.»
Au-delà, les écologistes refusent de signer un chèque en blanc. Car derrière l’opportunité économique se joue, selon eux, une bataille plus large autour de la souveraineté industrielle européenne. Matthieu Theurier a ainsi cité un récent rapport du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan pour alerter sur les conséquences de la montée en puissance chinoise. « La Chine est devenue une menace systémique pour l’économie européenne », a-t-il prévenu, évoquant des enjeux « environnementaux, sociaux comme de souveraineté qui sont extrêmement forts ».
Conséquence : les écologistes assortissent leur soutien de plusieurs garde-fous précis. Premier impératif, ils souhaient préserver le contrôle industriel du site rennais. «Les actifs du site de la Janais doivent rester propriétés de Stellantis », a insisté Matthieu Theurier. Deuxième exigence, il attend des retombées locales concrètes. « Ce nouveau partenariat doit permettre le développement économique du territoire en bénéficiant en priorité aux sous-traitants et aux partenaires industriels de la région », a plaidé l’élu. Enfin, les écologistes fixent une troisième ligne rouge : préserver les ambitions sociales et environnementales du site rennais, engagé depuis plusieurs années dans sa transition vers l’électrique.
Face à ces interrogations, l’exécutif métropolitain a lui aussi adopté une ligne de prudence, sans masquer un certain réalisme industriel. Vice-président à l’économie de Rennes Métropole, Sébastien Semeril a assumé une position à la fois ouverte et encadrée. « Nous abordons cette annonce avec finalement trois exigences (…) : lucidité, vigilance et responsabilité », a-t-il déclaré devant les élus. Pour Rennes Métropole, l’objectif est de maintenir une activité industrielle forte à la Janais dans un contexte de concurrence renforcée entre sites européens.
Sébastien Semeril voit surtout dans ce projet « une reconnaissance du savoir-faire des salariés du site, de la qualité industrielle rennaise», mais aussi du travail engagé localement pour moderniser et décarboner le pôle automobile. Pour autant, la collectivité refuse de se contenter d’un simple rôle logistique. «Nous ne voulons pas être simplement un site d’assemblage parmi d’autres dans une logique mondialisée », a averti le vice-président à l’économie. Rennes Métropole entend ainsi veiller à ce que les actifs industriels demeurent «dans le giron européen de Stellantis.» Même logique concernant les retombées économiques. «Le Made in Europe ne doit pas être seulement un label marketing européen, mais bien une réalité industrielle et sociale avec des retombées concrètes pour les sous-traitants, les équipementiers et toute la filière bretonne. »
Dans une période de fortes turbulences pour l’industrie automobile européenne, Rennes Métropole promet enfin de rester attentive « à la qualité du dialogue social » et « à l’avenir des salariés de la Janais ». Derrière ce débat, une ligne politique se dessine chez les élus rennais. Ils acceptent un partenaire chinois si celui-ci contribue réellement à consolider l’activité rennaise, mais sans sacrifier les intérêts stratégiques du territoire. « La Janais doit rester un symbole d’une industrie européenne, moderne, décarbonée et créatrice d’emplois », a conclu Sébastien Semeril.
Ce débat renvoie aussi à une autre question, plus politique : celle de la cohérence des choix industriels locaux. Plusieurs élus et observateurs rappellent en coulisses le précédent de Le Duff, qui avait envisagé il y a quelques années une implantation industrielle près de Liffré avant de renoncer face aux oppositions rencontrées localement. Cet épisode alimente aujourd’hui une interrogation plus large : Rennes accueille-t-elle plus facilement certains investissements que d’autres, selon leur nature ou leur origine ? Une question qui, derrière le dossier Dongfeng, ne manquera pas de refaire surface.


