« L’usine Stellantis de Rennes-La Janais produira bientôt au moins un modèle du groupe chinois Dongfeng ». L’information révélée par Franceinfo ne passe pas inaperçue ce jour à Pékin et Wuhan. Cette éventuelle arrivée fait déjà réagir la presse économique chinoise, qui y voit un symbole fort : la Bretagne pourrait devenir l’une des nouvelles portes d’entrée de l’automobile chinoise sur le marché européen.
Comme on le sait, des représentants du constructeur chinois se sont rendus à deux reprises à La Janais, fin janvier puis début avril, pour étudier le potentiel du site, aujourd’hui centré sur le seul Citroën C5 Aircross. L’usine bretonne, qui emploie environ 1.300 salariés, disposerait encore d’une capacité de production d’environ 40.000 véhicules supplémentaires par an, sans investissements industriels majeurs.
En Chine, plusieurs médias ont rapidement repris l’information avec un angle plus offensif. Le site financier chinois Sina Finance évoque ainsi un accord selon lequel « Stellantis a accepté d’assembler au moins un modèle de Dongfeng dans son usine de Rennes », rappelant que le groupe chinois cherche désormais à produire au sein même de l’Union européenne afin de limiter l’impact des droits de douane européens sur les véhicules chinois.
Même tonalité sur le média automobile chinois D1EV, spécialisé dans les véhicules électriques, qui présente Rennes comme un site industriel moderne, immédiatement mobilisable et sous-utilisé. Pour ces observateurs, La Janais coche plusieurs cases : un savoir-faire historique, des infrastructures déjà opérationnelles et une implantation stratégique au cœur du marché européen.
Car pour la presse chinoise, Rennes ne constitue pas un dossier isolé. Dès avril, certains médias économiques chinois évoquaient déjà des discussions entre Stellantis et Dongfeng autour de plusieurs usines européennes, dont Rennes et Madrid, afin de mutualiser des capacités industrielles devenues excédentaires. Le média financier chinois Tencent Finance écrivait ainsi que Stellantis, confronté à des surcapacités en Europe, étudiait plusieurs scénarios de « partage » ou de coopération industrielle avec Dongfeng.
Le sujet s’inscrit surtout dans un rapprochement plus large entre les deux groupes. Vendredi 15 mai, Stellantis et Dongfeng ont officiellement annoncé le renforcement de leur partenariat historique en Chine, vieux de plus de trente ans. Le groupe franco-italo-américain a confirmé un investissement d’environ 1 milliard d’euros dans une coentreprise visant à produire, dès 2027 à Wuhan, de nouveaux modèles Peugeot et Jeep, destinés au marché chinois mais aussi à l’export. Stellantis évoque même « un nouveau chapitre » dans sa coopération avec Dongfeng.
À Rennes, cette perspective pourrait représenter une bouffée d’oxygène industrielle, selon certains. Mais depuis plusieurs mois, syndicats et salariés s’inquiètent de la dépendance du site à un modèle unique, le C5 Aircross. La fabrication d’un véhicule Dongfeng viendrait sécuriser une partie de la charge de travail du site, même si aucune officialisation n’a encore été faite. D’après Franceinfo, une annonce pourrait intervenir dès les prochains jours, le 21 mai vraisemblablement. Reste une question sensible : Rennes est-elle en train de devenir une base industrielle de l’automobile chinoise en Europe ? Pour les médias chinois, la réponse semble déjà esquissée.


