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mardi 28 avril 2026
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La Bretagne, championne de la beuverie festive !

Dans les salons feutrés de la préfecture de Rennes, ce jeudi matin, se sont réunis élus, représentants de l’État, acteurs de la santé, justice, de l’éducation nationale et responsables locaux, à l’invitation du préfet Franck Robine. A ses côtés, Nicolas Prisse, président de la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives. Tous deux dressent un bilan sans filtre des addictions en Bretagne. «En Bretagne, il y a beaucoup de luttes à mener contre les drogues et les addictions», explique le préfet. « Il y a un combat répressif que j’assume pleinement, mais ce combat n’a de sens que s’il est accompagné d’une action forte en matière de prévention. Pour que notre société aille mieux, il faut ces deux jambes. »

Les enjeux sont aussi économiques. « Le coût social est colossal », rappelle Anne-Briac Bili. « 156 milliards d’euros pour le tabac, 102 milliards pour l’alcool, plusieurs milliards pour les drogues. »

Avec tous les services de l’État, de l’école à la justice, le préfet veut «aller chercher les publics les plus exposés, notamment les jeunes, là où ils sont. » Car le constat dressé est sévère, accablant. «L’alcool reste fortement ancré dans les usages, avec une «prévalence des alcoolisations ponctuelles importantes supérieure à la moyenne nationale», explique Anne-Briac Bili, directrice adjointe de l’agence régionale de santé. Autrement dit, les fameuses « cuites » restent une norme sociale plus marquée qu’ailleurs. «Ce n’est pas seulement une question culturelle, c’est devenu un véritable enjeu de santé publique », glisse le préfet. « Les jeunes Bretons boivent plus, plus souvent et en plus grande quantité que dans le reste du pays. » À cela s’ajoute un phénomène moins visible mais tout aussi préoccupant. «L’alcoolisation fœtale est la première cause de handicap mental non génétique en France, et elle est plus élevée ici », rappelle une responsable de l’ARS. «Ce sont des réalités que nous ne pouvons plus ignorer», assène le préfet.

Mais l’ivresse n’est plus le seul sujet. «Historiquement, la Bretagne est une région de forte consommation d’alcool et de tabac», rappelle Nicolas Prisse, « mais aujourd’hui, cela gagne clairement les drogues illicites.» La cocaïne, en particulier, inquiète les autorités. «Sa diffusion s’est accélérée de manière spectaculaire», souligne Nicolas Prisse. «Les passages aux urgences liés à cette substance ont été multipliés par dix en une dizaine d’années. Cette drogue est plus accessible, moins chère, et surtout moins stigmatisée.» Même constat pour le protoxyde d’azote, devenu un produit de consommation courante dans certains milieux festifs. «On voit apparaître des usages qui n’existaient pas il y a quelques années », poursuit-il. «Les jeunes Bretons expérimentent davantage que la moyenne nationale. »

Face à cette situation, la prévention apparaît comme une priorité absolue. «Plus elle est précoce, plus elle est efficace », insiste Nicolas Prisse. «Notre objectif, c’est d’éviter que les jeunes entrent dans ces consommations.» Mais il reconnaît la complexité du défi. «Il ne suffit pas d’interdire ou de contrôler l’offre, il faut travailler sur les comportements, sur les représentations.» Et notamment sur la pression du groupe. «À l’adolescence, vouloir appartenir à un groupe est normal», explique-t-il. «Le problème, c’est quand cela passe par des conduites à risque.» D’où l’importance de programmes éducatifs comme « Unplugged », déployé dans les collèges. «On apprend aux élèves à dire non, à développer leur esprit critique, à résister à la pression», explique le préfet. «Les résultats sont là : jusqu’à 50 % de comportements à risque en moins.»

Reste une tranche d’âge particulièrement préoccupante : les 18-25 ans. «C’est là que tout se joue», insiste Nicolas Prisse. «On observe une forme de rattrapage, avec des consommations plus importantes dans les études supérieures, les universités, les grandes écoles, mais aussi dans l’apprentissage.» Contre ce phénomène, il appelle à une mobilisation élargie pour accompagner cette catégorie d’âge. «Nous devons convaincre les adultes d’accompagner les jeunes, de ne pas banaliser ces comportements.» Car derrière les chiffres, il y a des trajectoires de vie.  Toute la science montre que ces consommations aggravent les situations personnelles, familiales et professionnelles», insiste-t-il. « Contrairement à une idée reçue, elles ne résolvent rien, elles aggravent tout.»

Contre ces addictions et ces usages, le message est clair, presque martelé. «Il faut dénormaliser la consommation», insiste Nicolas Prisse. «Il faut casser l’image festive qui masque une réalité sanitaire grave.» Ce défi est culturel autant que politique. « C’est un travail de long terme », conclut Franck Robine. « Mais c’est un travail indispensable si nous voulons inverser la tendance. »

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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