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jeudi 30 avril 2026
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Charles Compagnon : celui qui a osé affronter les socialistes

Il n’a pas réussi son pari. Il a été battu par la socialiste Nathalie Appéré pour la seconde fois, lors des dernières municipales. Mais il a osé, là où peu s’y risquent. Charles Compagnon (Vivre Rennes) savait ce qui l’attendait. Il devait bousculer un bastion imprenable, une place forte du socialisme municipal, souvent décrite comme telle par le politologue Romain Pasquier (Le Télégramme). Il devait faire fi de cinquante ans de socialisme dans la capitale bretonne.

Charles Compagnon.

Dans une ville où certains à droite estiment que le poids du tissu associatif et de l’emploi public influence fortement les équilibres électoraux, pas facile de faire sa place. L’ex-restaurateur est sorti de son carré des Lices pour mener une liste. L’enfant du pays a retroussé les manches pour se rendre dans les quartiers de Villejean, au risque de faire trouer la peau lors d’une fusillade survenue le 17 avril dernier. Après avoir manqué de passer de vie à trépas, il recevait même le lendemain les sarcasmes de la maire Nathalie Appéré. « Non, monsieur Compagnon, ce n’est pas une Kalashnikov qui vous a tiré dessus », avait expliqué l’édile rennaise devant les caméras. Interloqué, interpellé, indisposé, il n’avait pas moufté, sans doute encore sonné par le drame qu’il venait de vivre. Il était toutefois reparti au combat, annonçant sa candidature sur les lieux-mêmes des tirs, autour de ses colistiers.

Ces derniers mois, Charles Compagnon a publié un ouvrage, labouré les quartiers, distribué des tracts, tourné des vidéos (comme il le fait depuis maintenant six ans). Sauf que malgré son engagement, la marche était trop haute. Battu largement, Charles Compagnon a rassemblé 36, 5 % des suffrages. « Nous avons pâti d’un vote utile, galvanisé par les menaces agitées par l’équipe sortante autour de l’extrême droite », expliquait sa colistière dans nos colonnes, Carole Gandon.

Mais l’homme aura livré un combat avec panache, et sans doute avec courage. « Charles a de la ténacité, la pugnacité », précise Carole Gandon. « C’est quelqu’un de patient et de travailleur. Il l’a démontré tout au long du mandat. Pour durer, il faut endurer. Dans certaines villes, des maires ont été élus après deux ou trois mandats dans l’opposition. Nous allons pouvoir compter sur un collectif de militants et de colistiers engagés, qui continueront à porter nos idées pendant les six prochaines années. Je pense qu’à la fin, nos efforts seront payants », assure-t-elle.

Alors comment expliquer sa défaite ? Écartons déjà les raisons qui ont fait sa force. Sa campagne fut dynamique, à l’image de celle menée par l’insoumise Marie Mesmeur. Elle fut intense, combative, inventive, imaginative. Rien à lui reprocher sur ce point… Leader de l’opposition municipale, sa candidature était aussi légitime, malgré les velléités du Républicain Thomas Rousseau, crédité de 6 % au premier tour. Il a réussi à regrouper une équipe déterminée et soudée, avec des centristes, des macronistes et même des anciens républicains.

Sa défaite ne se joue pas là. Mais d’où vient-elle ? Peut-être a-t-il manqué d’agressivité ? L’homme, avant tout républicain, a été respectueux de ses adversaires. « Il n’a pas actionné les boules puantes. Il s’est refusé d’utiliser l’invective, les sarcasmes, à l’exception de quelques formules bien senties lors des débats télévisuels. Il a mené une campagne où la diatribe était uniquement là pour argumenter », affirme un de ses militants.

Peut-être aussi a-t-il manqué de soutiens de la société civile. Il est quand même surprenant que des hommes et femmes, engagés dans la vie rennaise, aient été bien frileux pour encourager Charles Compagnon. Très peu de chefs d’entreprise ont soutenu le candidat de droite. Ils ont refusé de s’exprimer… comme si faire des affaires suffisait à leur bonheur. Au-delà, l’homme n’a pas bénéficié de relais d’opinion dans la presse. À la différence des années chiraquiennes ou gaullistes, les candidats de droite ne bénéficient plus de journaux (comme ceux de Dassault) ou de journalistes acquis à leurs idées. Il a souffert d’une presse très critique envers son action. Mais là encore, ces supputations ne valent peut-être pas vérités.

Il faut peut-être aller chercher ailleurs. Les socialistes profitent assurément d’équipes en place, de chefs de service capables de proposer de nouveaux projets aux élus. Ils ont une culture de la gestion municipale. Ils ont une vision de la ville que n’ont peut-être pas les hommes et femmes de la droite. Ils ont un bilan avec eux : le métro, les pistes cyclables, le logement, le social, la culture. Dans des villes de plus de 200 000 habitants, devenues des agglomérations, les programmes ne doivent plus être de simples promesses électorales. Ils doivent être de véritables modèles urbains de mobilité, d’urbanisme, de citoyenneté, de vie quotidienne. Ils doivent imaginer les nouveaux espaces verts, des villes high-tech, des smart cities.

Pour cela, les partis politiques doivent mettre à disposition leur intelligence, leurs forces humaines pour imaginer la ville de demain. Pour cela, les « compagnons » de Charles doivent phosphorer au sein de comités de réflexion et interroger des experts. Malgré les grands projets (Roazhon Park bis), les grandes thématiques (l’insécurité), ils n’ont pas réussi à proposer un modèle rennais, une ambition rennaise. Ils ont sans doute manqué de moyens humains et tout simplement de l’expérience des fonctionnaires municipaux ou de laboratoires de pensée. Le candidat a eu la volonté, il n’a peut-être pas eu l’imagination. Il a désormais six ans pour construire l’alternance dont la ville a besoin pour éviter la torpeur, l’inaction, le clientélisme. Pour retrouver un vrai nouveau souffle. Il aura face à lui une nouvelle gauche, plus radicale. 

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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