À quelques jours du scrutin municipal, Ulysse Rabaté, dissident de La France insoumise et tête de liste de Rennes Commune, défend une candidature qu’il présente comme « citoyenne et indépendante ». Logement, sécurité, transports gratuits ou jeunesse des quartiers populaires : il détaille ses priorités lors d’un entretien réalisé avec notre journal.
Vous êtes pressé d’être à dimanche ?
Ulysse Rabaté : « Pour les résultats, oui. Pour le reste, non ! Nous aimons les campagnes électorales. Si elles pouvaient durer un mois de plus, nous, on prend ! Si nous avions quinze jours de campagne en plus, ça nous arrangerait encore davantage ! Nous avons l’impression d’être plutôt sur une pente ascendante… »
Qu’est-ce qui vous donne cette impression ?
Ulysse Rabaté : « Depuis le début, nous savions que cette élection, pour Rennes Commune, était un enjeu de notoriété. Nous sentons une vague de sympathie pour notre démarche, de plus en plus connue. Nous avons l’impression de gagner des voix tous les jours en ce moment. Peut-être parce que nous sommes très adaptés à la sociologie politique de Rennes. »
Quel est, selon vous, le message qui passe le mieux auprès des Rennais ?
Ulysse Rabaté : « La singularité démocratique de Rennes Commune, c’est d’être une liste citoyenne de gauche, indépendante. C’est un argument qui fait mouche. »
Vous n’avez pas peur d’être dilué dans les autres offres de gauche ?
Ulysse Rabaté : « La force de Rennes Commune, c’est que ce n’est pas compliqué pour nous d’expliquer notre différence. Comme on le dit dans les professions de foi, le bulletin Rennes Commune est unique. Notre démarche citoyenne indépendante n’est pas calquée sur un programme national : elle a été construite par les habitants à 100 %. »
Le local, pour vous, c’est d’abord le logement ?
Ulysse Rabaté : « Le logement est un de nos enjeux majeurs. Dans notre programme, nous nous interrogeons sur la gentrification et sur la place des classes populaires dans cette ville. Mais comme notre mouvement s’est formé dans les quartiers populaires, la question du logement a toujours été centrale depuis des années pour nous. »
Vous proposez des réquisitions de logements vides.
Ulysse Rabaté : « Oui, bien sûr. Rennes Commune élue, il n’y aura plus un mineur dans la rue à Rennes. Cette promesse n’a pas été honorée par la maire sortante, Nathalie Appéré, qui en avait fait une de ses priorités. »
Sur l’insécurité, votre discours se distingue-t-il vraiment ?
Ulysse Rabaté : « Nous ne nous présentons pas à la municipalité de Rennes en disant qu’on ne peut rien faire sur la question de la sécurité. En revanche, Nous estimons qu’il faut sortir de la focalisation sécuritaire de la majorité actuelle et s’appuyer davantage sur l’expertise des acteurs de la sécurité de proximité. Être dans un discours de déploration et demander sans cesse des plans nationaux contre le narcotrafic, pour nous, ce n’est pas à la hauteur. »
Refusez-vous l’armement de la police municipale ?
Ulysse Rabaté : « Pour nous, c’est une ligne rouge. On ne combat pas la violence en rajoutant des armes dans la vie publique. Si nous sommes élus, il n’y aura pas d’armement de la police municipale. La prévention est essentielle. Nous voulons mettre autour de la table les acteurs de la sécurité : habitants, associations, commerçants, Éducation nationale, structures éducatives des quartiers. L’objectif est de construire ensemble une politique de sécurité qui valorise les acteurs sociaux. »
Quelles mesures concrètes proposez-vous dans les quartiers populaires ?
Ulysse Rabaté : « Le quartier de Maurepas, qui a été le lieu de plusieurs fusillades ces dernières années, avait une maison de quartier fermée depuis par la municipalité. Rennes Commune porte sa réouverture, et nous sommes la seule liste à le demander, parce que nous avons une histoire d’engagement et de proximité dans ce quartier. Plus les structures publiques sont ouvertes et accessibles, plus on agit positivement sur la tranquillité. C’est une règle. »
Vous mettez aussi en avant un « statut local de parent isolé ». De quoi s’agit-il ?
Ulysse Rabaté : « Nous en avons fait l’étendard de notre campagne. Depuis vingt ans, le nombre de familles monoparentales a doublé à Rennes. Dans 80 % des cas, ce sont des femmes. Nous proposons d’accorder des droits spécifiques aux parents isolés, avec un accès prioritaire aux services publics municipaux et la création d’un service dédié dans l’administration municipale. »
Si on fait la gratuité des transports, il faut penser à un plan d’amélioration et d’allongement de nos lignes. L’objectif est que davantage de personnes utilisent les transports. »
Vous défendez la gratuité totale des transports. Pourquoi en faire une priorité ?
Ulysse Rabaté : « C’est une ligne politique claire depuis le début de la campagne. Nous ne proposons pas de commencer par une tranche d’âge : rien ne justifie de limiter la gratuité aux moins de 26 ans. Au regard de l’urgence écologique, comment penser une ville comme Rennes au XXIe siècle sans gratuité des transports publics ? Pour nous, c’est une aberration de ne pas en faire une priorité. Pour rappel, 50 % des personnes précaires pourraient bénéficier de la gratuité, mais ne la demandent pas à cause des barrières administratives ».
Vous évoquez aussi la notion de « forêt urbaine ». Qu’entendez-vous par là ?
Ulysse Rabaté : « C’est un concept développé par les spécialistes de l’écologie urbaine depuis presque vingt ans. Face aux épisodes de canicule, il faut de véritables zones de fraîcheur dans la ville. Quand on aménage aujourd’hui des places ou des espaces publics, la dimension végétale ne peut pas se limiter à trois arbres plantés dans un espace ultraminéral. Comment, en 2024, une ville comme Rennes peut encore aménager des places comme l’esplanade Charles-de-Gaulle ? »
Vous proposez des conseillers municipaux observateurs étrangers. Pourquoi ?
Ulysse Rabaté : « Notre ville vit grâce à tous ses habitants, y compris ceux qui n’ont pas la nationalité française et qui n’ont pas le droit de vote. Pour nous, il est logique de proposer un espace représentatif pour ces personnes, avec un rôle d’observateur et de contrôle sur la politique municipale menée en leur direction. »
Vous parlez aussi d’un jumelage avec Gaza. Qu’en est-il ?
Ulysse Rabaté : « Nous défendons l’idée que Rennes doit être une ville engagée pour la paix. Des jumelages avec des villes ou des quartiers de Gaza seraient, au regard des événements internationaux de ces dernières années, un minimum. Nous proposons aussi des partenariats avec la Nouvelle-Calédonie, en raison de la présence d’une importante communauté kanak, à Rennes. Penser la décolonisation au XXIe siècle fait aussi partie des enjeux. »
Avez-vous le sentiment d’incarner, avec d’autres listes, une jeunesse rennaise en rupture avec la majorité sortante ?
Ulysse Rabaté : « Il y a une forme de fracture entre la municipalité sortante et les jeunes, sans doute liée à une fatigue ou à un essoufflement de cette majorité. Chez les jeunes, on perçoit clairement une envie de changement. Et Rennes Commune, par la singularité de sa démarche, capte aujourd’hui cette envie. »
Vous insistez particulièrement sur les jeunes des quartiers populaires.
Ulysse Rabaté : « Il n’y a pas une jeunesse à Rennes, il y a des jeunesses : une jeunesse étudiante, une jeunesse qui travaille, une jeunesse qui vit dans les quartiers populaires. Oui, toutes les listes de gauche mettent la jeunesse en avant, mais Rennes Commune est la seule à donner une véritable place aux jeunes des quartiers populaires. »
Si vous n’êtes pas au second tour, quelle liste serait la plus à même de défendre vos idées ?
Ulysse Rabaté : « La liste Rennes Commune est un grand rassemblement populaire qui dépasse les clivages politiques. Nous donnons rendez-vous à tout le monde au second tour, car Rennes Commune sera la seule à même de rassembler ceux qui veulent du changement à gauche dans cette ville. »


