Il y a des expositions dont on sort un peu différent. Celle de Marcel Dzama à La Criée centre d’art contemporain (centre-ville) en fait partie. Sans exagérer, c’est l’une des propositions les plus étonnantes et les plus vivantes vues depuis des années dans ce haut lieu culturel où l’on voit parfois quelques évènements peu inspirés !

Intitulée Le voyage dans la Lune, en clin d’œil à Georges Méliès (du nom d’un ancien bar rennais sur les quais), l’exposition transforme entièrement l’espace. Les visiteurs entrent dans un décor presque de cinéma entre murs habillés, masques suspendus, costumes surréalistes, dessins et écrans.
Formé aux Beaux-Arts de Winnipeg au Canada, artiste voyageur installé à New York, Dzama a grandi dans les expériences alternatives. Il a joué dans des groupes de rock, fabriqué des fanzines, multiplié les collaborations, notamment avec Arcade Fire. Son œuvre, faite surtout de dessins et de films, est immédiatement reconnaissable grâce à ses créatures chimériques, ses silhouettes grimées, ses scènes qui oscillent entre rêve et satire.
On y croise un lion aux yeux de Catherine Deneuve, des danseurs fantomatiques, des personnages burlesques. C’est coloré, joyeux, parfois cruel, toujours inventif.
Une quinzaine de films composent le parcours. Certains sont intimes. D’autres sont plus ambitieux, comme Une danse des bouffons, inspiré par la relation entre Marcel Duchamp et Maria Martins, ou To live on the Moon (for Lorca), hommage à Federico García Lorca. Le noir et blanc, les gestes presque expressionnistes, les clins d’œil au septième art des origines rappellent à quel point Dzama est un passionné d’images. « Ces œuvres mélangent des références à la musique, la culture populaire, la danse, le cinéma, comme des boucles sans fin », souligne Sophie Kaplan, directrice de La Criée.
L’exposition ne se contente pas d’être belle. Dzama réagit à l’actualité, détourne les figures du pouvoir et répond par le dessin et le film à la présidence de Donald Trump. Sous les masques et les costumes, il y a une prise de position. Du poétique au politique, du burlesque au fantastique, Marcel Dzama avance en funambule surréaliste. Et le public séduit suit, avec le sourire. Une exposition réussie jusqu’au 10 mai 2026.


