À la rentrée 2025, un détenu ou plusieurs du centre pénitentiaire de Rennes-Vezin (Ille-et-Vilaine) devaient participer à une semaine de surf thérapeutique à Saint-Malo, a révélé le média Cnews. Mais cette initiative insolite, proposée par le Service médico-psychologique régional (SMPR) n’a pas tardé à provoquer une vive controverse dans le milieu politique.
Pensée comme un outil de soin alternatif, cette sortie s’inscrivait dans une démarche de prise en charge psychologique par l’activité physique. Selon l’Organisation internationale de Surf Thérapie (ISTO), cette pratique est « une méthode scientifiquement prouvée qui allie surf et activités structurées pour promouvoir le bien-être psychologique, physique et psychosocial ». Elle est déjà utilisée à l’étranger pour accompagner des personnes en situation de handicap, en souffrance psychique ou isolée socialement.
Mais l’initiative n’a pas été du goût de l’Union Fédérale Autonome pénitentiaire (UFAP). Dans un communiqué daté du 31 juillet, Éric Toxé, secrétaire local, dénonce un traitement inégal. « Pendant que les nos personnels croulent sous les coups de ces “si gentils détenus inoffensifs”, (…) ce service [le SMPR] refuse de les accueillir… » Le syndicat y voit un « pied de nez » adressé à Gérald Darmanin, nommé ministre de la Justice début 2025, qui avait justement demandé en février l’interdiction des activités « à caractère ludique » en milieu carcéral. Pour l’UFAP, cette sortie représente « une semaine de rêve, tous frais compris… », une décision d’autant plus incompréhensible dans un contexte où les agents pénitentiaires font face à une série d’agressions.
Réaction politique et annulation immédiate
Le député RN Thomas Ménagé a lui aussi fustigé le projet. « 40 % des Français renoncent à partir en vacances, mais les détenus du centre pénitentiaire de Rennes-Vezin allaient avoir droit à une semaine de “surf thérapeutique” à Saint-Malo », s’est-il indigné sur X (ex-Twitter). Face à la pression médiatique et politique, le ministère de la Justice a tranché dans le vif. Il a annulé la sortie. « Ce projet n’était pas encore passé devant la commission pluridisciplinaire », a précisé le ministre. Une affirmation aussitôt contestée par Éric Toxé qui assure qu’elle avait été validée pour mi-septembre.
Au-delà de la polémique sur le fond, cette affaire révèle les tensions grandissantes entre l’administration pénitentiaire, les syndicats, et l’exécutif. Trois agressions de surveillants en quinze jours au sein même du centre de Rennes-Vezin ont contribué à nourrir un climat d’exaspération (voir nos récents articles).
Le surf thérapie, pourtant reconnue pour ses bienfaits dans de nombreux pays, continue de diviser. En France, son utilisation en milieu carcéral se heurte à une frontière encore floue entre soin, réinsertion et perception publique de la justice. Pour les uns, c’est une méthode moderne et efficace. Pour d’autres, une provocation face à des citoyens en difficulté et des personnels à bout.


