Depuis le 14 juillet 2025, Gévezé, en Ille-et-Vilaine, a mis en place un couvre-feu pour les mineurs de moins de 16 ans non accompagnés. Jusqu’au 30 septembre, les jeunes ne peuvent plus circuler entre 23 heures et 6 heures du matin dans certains secteurs de la commune. Cette décision se veut avant tout préventive, avec pour objectif de garantir la sécurité des adolescents et de préserver la tranquillité publique.
L’arrêté municipal prévoit toutefois quelques exceptions, notamment en cas d’urgence médicale, d’obligation scolaire ou professionnelle, ou encore pour les missions de service public. Pour le reste, les forces de l’ordre sont habilitées à intercepter les mineurs concernés, les raccompagner à leur domicile, et le cas échéant, signaler la situation à l’autorité judiciaire.
Mais au-delà du cadre réglementaire affiché, ce sont les parents qui sont directement visés. En cas de manquement, ils s’exposent een effet à une contravention de deuxième classe, soit une amende pouvant aller jusqu’à 150 euros. Toutefois, dans la pratique, ces sanctions sont rarement appliquées. Raison invoquée : il est difficile de démontrer qu’un parent a volontairement laissé son enfant errer seul en pleine nuit.
Sur les réseaux sociaux, les réactions n’ont pas tardé sur la page de la ville de Gévéezé. Certains habitants saluent une décision « nécessaire » face à une montée des incivilités : intrusions dans les halls d’immeubles, nuisances sonores et dégradations. D’autres pointent les limites concrètes de la mesure. « Pourquoi ne pas aller jusqu’à 18 ans ? Pourquoi cette période seulement ? Et surtout, qui sera là pour faire appliquer le couvre-feu, si les effectifs policiers ne sont pas renforcés ? », s’interrogent de nombreux riverains.
En France, il n’existe pas de couvre-feu général pour les mineurs. Mais les maires et les préfets peuvent en décréter un localement, sous réserve de respecter certains critères : il faut justifier le dispositif, cibler précisément les zones concernées, fixer une durée et adapter les sanctions. Le Conseil d’État l’a rappelé en validant, en 2001, un couvre-feu à Orléans, mais uniquement parce que les quartiers visés étaient clairement identifiés comme à risque. À La Bouexière, récemment, le premier édile a défrayé la chronique en instituant une telle mesure.
Dans notre pays, plusieurs villes ont expérimenté des mesures similaires. À Viry-Châtillon ou à Béziers, les moins de 13 ans ne peuvent sortir la nuit lors de périodes sensibles. En Guadeloupe, un couvre-feu pour les moins de 18 ans a été instauré en 2024 après une flambée de violences. D’autres communes comme Nice et Cagnes-sur-Mer ont également recours de manière ponctuelle, souvent en réponse à des actes de délinquance.
À l’international, en Islande, un couvre-feu permanent pour les mineurs est en place depuis des années, appuyé par une forte culture de la responsabilité parentale. Aux États-Unis, plusieurs villes ont adopté des couvre-feux locaux, sans harmonisation nationale. En revanche, dans de nombreux pays européens, aucune mesure de ce type n’existe, ou alors sous une forme plus incitative que coercitive.


