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mardi 20 octobre 2026
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2 800 € de salaire, un casier vierge et quatre mois sous bracelet après les pillages du 17 octobre

Rennes (PressPepper). « Vous souffrez d’un déficit visuel ? » « Non. » « Alors pourquoi vous prenez ces lunettes ? » « J’ai trouvé ça tentant. » Ce mardi 20 octobre, devant le tribunal correctionnel de Rennes, un jeune homme de 22 ans a tenté d’expliquer comment il s’était retrouvé en possession d’une paire de lunettes à 1 695 euros, puis de 5 000 euros d’appareils électroménagers provenant de commerces pillés. Pourtant, ce salarié cumulant trois emplois n’avait jamais été condamné. « Quel gâchis, monsieur ! », lui a lancé la présidente.

 

Tout commence le samedi 17 octobre, vers 18 h 50, au plus fort des violences urbaines qui secouent le centre-ville de Rennes. Le jeune homme est interpellé en possession d’une paire de lunettes provenant du magasin Alain Afflelou, rue de Nemours. «Je les ai trouvées par terre, place de la République, alors que des individus distribuaient des objets provenant des commerces saccagés», explique-t-il, lors de sa garde à vue. Devant les magistrats, il reconnaît désormais avoir cédé à la tentation. « J’ai trouvé ça tentant », répète-t-il, avant d’évoquer un comportement « comme un mouton » dans un « mouvement de foule ». Il assure toutefois n’avoir jamais envisagé de revendre les lunettes.

Deux interpellations en quelques heures

Après cette première interpellation, les policiers lui demandent de rentrer chez lui. Mais quelques heures plus tard, dans la nuit du samedi au dimanche, à 1 h 45, le jeune homme est de nouveau arrêté. Cette fois, il se trouve au volant d’une voiture remplie d’objets provenant du magasin Boulanger, situé sur la dalle du Colombier. Dans le véhicule, les forces de l’ordre découvrent notamment une cafetière, des écouteurs sans fil, un gaufrier et un ordinateur (Valeur totale du matériel : environ 5 000 euros).

Pour expliquer cette seconde affaire, le prévenu invoque encore « l’effet de groupe ». Il raconte être ressorti vers 23 h avec trois amis pour « voir le rendu de la manifestation ». Sur la dalle du Colombier, il aurait découvert des objets abandonnés « dans les buissons ». Pourquoi les avoir récupérés ? Pour son usage personnel, assure-t-il. « Vous alliez revendre ces objets ? », lui demande la procureure. « En aucun cas », répond-il.

« Vous êtes allé vous mettre dans ce bourbier »

À l’audience, le profil du jeune homme interpelle les magistrats. Âgé de 22 ans, il travaille beaucoup. Il cumule trois emplois qui lui rapportent entre 2 700 et 2 800 euros par mois. Il contribue financièrement aux besoins de ses parents et s’occupe de son frère autiste. Son père le présente comme « le pilier de la famille ». Son casier judiciaire ne comporte même aucune condamnation, même s’il a déjà fait l’objet de procédures pour « port d’arme », « recel » et « violences sur personne chargée de mission » de service public. « J’ai envie de vous dire « Quel gâchis » monsieur… Qu’est-ce que vous êtes allé vous mettre dans ce bourbier ? », lui lance la présidente du tribunal. « Ce sont des faits qui ne me ressemblent pas : je ne suis pas un petit délinquant de cité », insiste le prévenu. « Je vous sens sincère dans vos déclarations mais je répète que c’est un énorme gâchis », lui répond la magistrate.

Pour ma conscience, je demande à rembourser », déclare-t-il, alors qu’aucun des deux magasins ne s’est constitué partie civile dans cette procédure.

Pour le ministère public, représenté par Anaïs Morin, les faits restent graves. La procureure rappelle l’ampleur des dégâts causés aux commerçants pendant les violences du 17 octobre. « Le magasin Alain Afflelou aurait subi un préjudice de 280 000 euros, contre 60 000 euros pour Boulanger», a-t-elle martelé, avant de dénoncer : le jeune homme a « profité », pour « quelques minutes de plaisir personnel », du « malheur des commerçants qui ont vu leur vie ruinée en quelques instants. » Au passage, elle doute que le prévenu ait pleinement pris conscience de la gravité de ses actes. « Si la situation se représentait aujourd’hui, je n’ai aucune certitude qu’il ne recommencerait pas », affirme-t-elle.

De son côté, Me Margaux Drahonnet, avocate de la défense, insiste sur le « véritable choc » vécu par son client, incarcéré la veille de l’audience. Elle demande aux magistrats de ne pas faire de ce jeune homme le symbole des violences rennaises. « On ne juge pas aujourd’hui les milliers de personnes qui ont commis des dégradations, on le juge lui », plaide-t-elle. «Je réclame une peine individualisée Vous pouvez être certains qu’il ne recommencera pas », assure-t-elle.

Quatre mois ferme sous bracelet électronique

La procureure a requis huit mois d’emprisonnement, dont quatre mois ferme aménagés sous bracelet électronique et quatre mois assortis d’un sursis probatoire. Elle a demandé un travail d’intérêt général de deux semaines, une amende de 1 000 euros, des obligations de travail et de paiement des sommes dues au Trésor public, ainsi qu’une interdiction de fréquenter la dalle du Colombier pendant trois ans. Le tribunal correctionnel de Rennes a suivi l’ensemble des réquisitions. Le jeune homme a été condamné à huit mois de prison, dont quatre ferme aménagés sous surveillance électronique, avec les obligations complémentaires demandées par le parquet. Cette condamnation intervient trois jours après une manifestation qui a dégénéré en violences urbaines dans le centre-ville de Rennes. Plusieurs commerces ont été pillés, des vitrines fracassées et des barricades incendiées. Avec cette affaire, la justice commence à examiner les responsabilités individuelles dans les événements du 17 octobre.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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