Une biographie très attendue consacrée à Yvonne Jean-Haffen est parue le 4 mars 2026 chez Flammarion. Signée par l’historienne et biographe Geneviève Haroche-Bouzinac, elle accompagne l’exposition « Yvonne Jean-Haffen. De l’ombre à la lumière » à Dinan et remet au premier plan une artiste majeure du XXᵉ siècle, longtemps restée en marge de la reconnaissance.
Peintre, graveuse, céramiste et décoratrice, Yvonne Jean-Haffen a traversé le XXᵉ siècle avec une œuvre dense, libre et profondément ancrée dans le réel. Née à Paris en 1895, elle trouve en Bretagne une terre d’élection qui marquera durablement son regard et sa carrière. Elle observe les marchés, les ports, les ateliers, les campagnes bretonnes pour évoquer « la vie quotidienne encore préservée » et les mondes modestes qui disparaissent peu à peu sous les effets de la modernité.
Dans son ouvrage, Geneviève Haroche-Bouzinac, lauréate du prix Goncourt de la biographie pour son livre consacré à Madame de Sévigné, ne se contente pas de retracer une carrière artistique. Elle raconte aussi « le destin de cette artiste à l’œuvre originale et foisonnante », dans un monde qui laissait encore « peu de place aux femmes artistes ».
On l’oublie souvent, mais Rennes a aussi compté dans le parcours de l’artiste. Dans les années 1930 et 1940, la capitale bretonne constitue un foyer artistique actif où Yvonne Jean-Haffen collabore avec Mathurin Méheut, figure majeure de l’art breton du XXᵉ siècle. À Rennes, les deux artistes travaillent ensemble à un important ensemble décoratif pour l’Institut de géologie de la faculté des sciences, rue du Thabor. Réalisées entre 1942 et 1947, ces grandes toiles consacrées aux paysages et aux métiers bretons sont conservées à l’Université de Rennes.
La rencontre avec Mathurin Méheut ne fut pas seulement déterminante sur le plan artistique. Lorsqu’ils se croisent pour la première fois, Yvonne Jean-Haffen est encore une jeune artiste en quête de direction. Méheut, lui, est déjà reconnu pour ses représentations de la Bretagne, de la mer et du monde maritime. Très vite, il devient à la fois un maître, un compagnon de travail et une présence essentielle dans sa vie.
Pendant plus de trente ans, ils peignent, voyagent et travaillent ensemble. Ils dessinent les gestes des artisans, les animaux, les plantes, les paysages. Leur correspondance, abondante, témoigne d’ailleurs d’une relation faite d’admiration, de complicité et d’une affection profonde. Mais leur histoire reste discrète. Yvonne Jean-Haffen est mariée à Édouard Jean, qui soutient sa carrière. La relation avec Méheut se vit donc dans une forme d’équilibre délicat, entre fidélité, attachement et indépendance.
À Dinan, dans la maison de La Grande Vigne, l’artiste installe son atelier et construit un espace de travail qui lui appartient pleinement. C’est à Dinan, dans la maison de La Grande Vigne, qu’Yvonne Jean-Haffen installe son atelier et rassemble son œuvre. La demeure devient un lieu de travail et de rencontres pour de nombreux artistes et intellectuels. Aujourd’hui transformée en maison-musée, elle conserve le fonds d’atelier de la peintre et permet de découvrir son univers. Longtemps restée dans l’ombre des grandes figures masculines de l’art breton, Yvonne Jean-Haffen apparaît aujourd’hui comme une artiste majeure du XXᵉ siècle, dont l’œuvre sensible et foisonnante mérite d’être redécouverte. À lire : Yvonne Jean-Haffen. De l’ombre à la lumière, Geneviève Haroche-Bouzinac, Flammarion, 2026.


