C’est au restaurant Le Piccadilly, vendredi matin, que Thomas Rousseau (Les Républicains) a choisi de poser les fondements de son projet municipal autour de sa garde rapprochée. Avant la réunion du soir en présence de l’ancien premier Michel Barnier, le candidat a pris le temps de dérouler son programme devant la presse, dans un format plus dense et plus argumenté que d’habitude. « Pour ce deuxième mandat, la maire Nathalie Appéré a laissé complètement filer la dette, l’insécurité. Beaucoup de grands projets, comme l’incinérateur de Villjean ont montré un manque de capacité d’anticipation de gouvernance. La ville est à l’arrêt, n’a plus de vision. C’est sur cette analyse que nous voulons construire une rupture claire et assumée pour faire de Rennes une locomotive économique et culturelle de la région, une référence en Europe. »
Pour la sécurité, Thomas Rousseau place le curseur très haut. « Il n’y a pas de liberté sans sécurité. On ne peut pas reconstruire la qualité de vie, l’attractivité de Rennes sans traiter ce sujet », répète-t-il. Dès les « 100 premiers jours », il promet d’armer la police municipale, de lancer les recrutements et d’installer davantage de vidéosurveillance. « L’objectif est de porter les effectifs à 200 agents en fin de mandat, en augmentant progressivement les embauches. » Mais au-delà des chiffres, il souhaite renforcer la coopération avec la police nationale dans un « continuum sécurité », moderniser les équipements informatiques, remettre en état les caméras défaillantes et envisager l’usage de drones de surveillance lorsque la préfecture l’autorise. Il défend aussi le retour de l’éclairage nocturne intelligent dans certains quartiers, avec des dispositifs à détection ou activables à distance, pour « apaiser la vie de quartier » et sécuriser les déplacements, notamment des femmes.
La question du couvre-feu ciblé cristallise toutefois l’attention. Thomas Rousseau l’assume comme « un outil complémentaire », activable « de manière ponctuelle » en cas de fusillade ou de règlement de compte. « Le plus important, c’est sécuriser les lieux et permettre aux forces de l’ordre d’intervenir. Cette mesure permet en fait d’appuyer l’intervention des forces de l’ordre, mais elle n’a pas vocation à être installée dans le temps. Elle peut viser un quartier, des horaires précis ou les mineurs », explique-t-il. Il évoque également la possibilité d’expulsions de logements sociaux en cas de narcotrafic avéré, en lien avec la préfecture, ainsi que la révision des aides municipales dans les cas les plus graves. Dans la même logique de fermeté, il promet de supprimer les subventions aux associations qui prêcheraient des discours anti-police, tout en affirmant : « Nous condamnons toute forme de violence. »
Mais Thomas Rousseau insiste pour ne pas réduire son projet à la seule sécurité. Il enchaîne sur le volet social, qu’il présente comme indissociable. « Rennes pour tous », dit-il, doit répondre à une pauvreté qu’il estime à 20 % dans la capitale bretonne et à une précarité croissante. Sur le logement, il prévoit de relancer la construction autour de 500 logements par an en moyenne, avec un effort plus important en début de mandat. Il veut développer davantage l’accession via le bail réel solidaire, fluidifier la rotation du parc, avec des baux limités dans le temps et des critères ajustés selon les revenus et les situations familiales. En parallèle, il souhaite rénover le parc social vétuste et faciliter la transformation de bureaux vacants en logements, notamment étudiants.
Pour la petite enfance, Thomas parle d’un label « ville amie des familles ». Il veut augmenter les capacités d’accueil, diversifier les modes de garde, soutenir davantage les familles monoparentales et nombreuses, et investir dans la rénovation des écoles. Il souhaite aussi rouvrir le débat sur les rythmes scolaires et renforcer les activités artistiques, sportives et culturelles dès le plus jeune âge. Il annonce aussi une bourse au mérite municipale pour les élèves issus de familles modestes. « Retrouver le sens du mérite, relancer un ascenseur social », dit-il, en précisant que la bourse serait conditionnée aux revenus et aux résultats académiques. À cela s’ajoute une mutuelle communale destinée à proposer des tarifs négociés aux étudiants, retraités et ménages précaires, afin de compenser « la hausse des complémentaires santé ».
Une bourse au mérite
Sur le plan économique, Thomas Rousseau pointe un taux de vacance commerciale de 12 % et propose des exonérations fiscales ciblées pour redynamiser le centre-ville et les quartiers. Il veut créer un guichet unique pour simplifier l’implantation des entreprises, réduire les délais administratifs et travailler en coordination avec les grandes villes bretonnes comme Saint-Malo. Il évoque la création d’un pôle technologique baptisé « Smart Rennes Valley » dans les 100 premiers jours, destiné à attirer des entreprises du numérique, de la cybersécurité, de la décarbonation et même des filières industrielles liées à la défense. Il fixe un objectif de création de 15 000 emplois sur le mandat, pour atteindre environ 200 000 emplois à Rennes.
La mobilité constitue un autre axe structurant. Thomas Rousseau refuse de « bannir la voiture du centre-ville » et propose une alternative à la démolition du parking Vilaine via un parking en silo. Il soutient le développement des pistes cyclables, mais veut les sécuriser davantage et multiplier les parkings à vélos pour lutter contre les vols. Son projet le plus audacieux reste l’étude d’un téléphérique reliant la station La Gaité au campus de Ker Lann, en passant par le Parc Expo et l’aéroport. Selon lui, cette solution serait moins coûteuse qu’une nouvelle ligne de métro, permettrait de désengorger les axes saturés au sud et incarnerait une innovation visible. « Répondre à une problématique de prix, mais aussi projeter Rennes vers l’avenir », résume-t-il.
Pour la culture, Thomas Rousseau défend un « style rennais » dans les nouvelles constructions, inspiré des maisons à pans de bois et du schiste, pour éviter l’uniformisation architecturale. Il propose la création d’un quartier des musées autour du centre-ville, l’organisation d’assises de la culture, la création d’un tiers-lieu culturel structurant. Il souhaite également valoriser le breton et le gallo par la création d’une maison des langues bretonnes et un renforcement de leur transmission à l’école. Au Piccadilly, Thomas Rousseau a relié chaque proposition à son diagnostic initial : sécurité pour restaurer l’ordre, social pour réduire la précarité, économie pour relancer l’attractivité, mobilité pour désengorger, culture pour affirmer une identité. « Il y a une révolution à opérer dans de nombreux domaines », conclut-il. La réunion du soir avec Michel Barnier a, elle, donné une dimension politique à cette ambition.


