La nuit tombe, ce 19 février, sur les abords de la Vilaine. A hauteur du café-théâtre Bacchus, à deux pas du fleuve, pas de malplanches – ces lourdes plaques métalliques ou en bois, emboîtées les unes dans les autres, que l’on fixe devant portes et vitrines pour faire barrage à l’eau. Les pieds de l’établissement baignent tout simplement dans la rivière. Non loin, la passerelle de la Paillette est désormais interdite à la circulation piétonne. Sous elle, un bras du fleuve n’a plus rien d’un cours tranquille. Il se transforme presque en torrent.
Plus en aval, dans la discrète rue de la Petite Touche, la chaussée est sous l’eau. Jean-François, habitant du quartier, pose des protections devant son garage. À ses côtés, Véronique observe la montée des eaux avec un mélange d’incrédulité et de tension. « Jusqu’à ce midi, j’étais plutôt optimiste. Je disais même aux amis : on va pomper comme les Shadoks l’ont fait à une époque. Sauf que là…je suis inquiète », lâche-t-elle. « L’année dernière, ce n’était pas monté aussi vite. Là, c’est monté très, très vite. »
En 2025, leur garage avait été inondé totalement. Cette année, les riverains jouent la carte de l’anticipation. « On se dit qu’avec les pompes, si ça passe, on va rejeter plus vite que ça ne s’écoule. » Plus bas, tout le monde n’a pas la même chance. « À l’angle, c’est un couple de malentendants qui a été obligée de partir», glisse une riveraine.
Bien plus loin, devant l’écluse Saint-Martin, les pompiers ont installé un poste de commandement. Vers 22 h 30, le directeur de cabinet du préfet, Gabriel Morin est arrivé sur place, après la venue de Charles Compagnon, candidat aux municipales et de Nathalie Appéré, maire de Rennes. Dans la nuit, un grand barrage devait être posé rue Armand-Rébillon. Une première dans la capitale bretonne pour éviter les dégâts de 2025.
À 23 h, Rennes Métropole a fait un nouveau point de situation. Les débordements constatés dans la soirée sont « conformes aux prévisions revues à la hausse de Vigicrues ». Le niveau 3 du plan communal de sauvegarde reste pour l’heure activé. La principale inquiétude concerne toujours le secteur de l’Ille et du canal, où des inondations sont en cours. Les abords de l’avenue Gros-Malhon, du square Séverine, ainsi que les rues Armand-Rébillon, Constant-Véron ou Frères-Blin sont touchés. À ce stade, aucune évacuation n’a été engagée.
Dans le secteur de la rue de la Motte-Brûlon, l’eau pourrait encore légèrement monter et la digue reste sous surveillance constante. Côté Vilaine, le secteur de la digue de Kerviler demeure préoccupant, avec des niveaux d’eau élevés et un fort courant. En revanche, sur les autres zones, la tendance est à la stabilisation. Parkings et caves restent toutefois inondés autour de l’avenue Sergent-Maginot et des rues Dupont-des-Loges et Alphonse-Guérin. La Ville recommande aux habitants des secteurs concernés d’éviter les déplacements non indispensables. Rennes retient toujours son souffle. La nuit s’annonce longue.


