Tout le monde lui prédisait un boulevard ! Elle serait élue au premier tour des municipales et, si tel n’était pas le cas, elle devrait décrocher au moins 42 %, comme l’affirmait un sondage d’un sombre institut, sorti inopinément dans la presse. Que nenni ! Maire sortante socialiste, Nathalie Appéré caracole en tête, mais avec seulement 34 % des suffrages exprimés, avec un taux de participation de 58,28 %. Elle devance largement le centriste Charles Compagnon (22,47 %) et l’insoumise Marie Mesmeur (18,61 %). Dans certains bureaux, la socialiste est toutefois battue par Marie Mesmeur, notamment à Jean Moulin et Eugène Guillevic.
Comment expliquer une telle situation pour un parti politique installé depuis plus de cinquante ans dans la capitale bretonne ? Il y a sans doute l’usure du pouvoir. Mais au-delà, on peut aussi s’interroger sur sa campagne, qui, pour certains, n’en était pas une… Nathalie Appéré n’a pas combattu les idées de ses adversaires (ou très peu). En revanche, elle a publié sur les réseaux sociaux, où elle mettait en scène son action dans les quartiers, dans les stades, dans les associations. Drapée dans un joyeux satisfecit, elle a snobé ses rivaux qui, pendant ce temps-là, effectuaient du porte-à-porte pour Marie Mesmeur, couraient sur le bitume en tenue jaune pour Charles Compagnon ou encore fréquentaient les marchés.
Certaine de sa victoire, Nathalie Appéré n’est pas rentrée dans l’arène. À l’inverse, sa rivale de gauche, Marie Mesmeur, a tenu deux meetings avec, à chaque fois, plusieurs centaines de personnes et le ténor de son parti, Manuel Bompard. Son adversaire centriste a tenu lui aussi un meeting, sans personnalités nationales, mais avec une équipe particulièrement soudée autour de lui et un bateleur galvanisant les troupes, Loïk Le Brun. « Nous avons vécu de grands moments tous ensembles», reconnaît Pierre-François Jan, directeur de campagne de Charles Compagnon.
Autour de Nathalie Appéré, il y a bien eu un comité de soutien composé de sommités : deux anciens maires, un scientifique de renom, le macroniste Villani et de nombreuses personnalités de la ville. Mais de tribun, aucun. Mais de « sniper » au service de la candidate, aucun. Comme si tout le monde avait eu consigne de ne rien dire. Pas de vagues semblait être le leitmotiv de cette campagne classique, trop classique où le planning des tractages était organisé sans spontanéité, à la manière d’une grande boîte du CAC 40. Même les alliés de circonstance, les écologistes, ont été d’une discrétion remarquable. Pas un n’a moufté dans les colonnes d’un journal. Il est vrai que beaucoup sont très proches de l’ultra-gauche…
Avec la presse, ce fut aussi une sorte de « je t’aime moi non plus ». À l’exception des débats imposés sur les grandes chaînes locales (France 3 Bretagne) et la télé subventionnée (TV Rennes), aucun communiqué, aucune petite phrase, aucune réponse aux attaques de ses adversaires. Le seul grand moment de la campagne fut sans doute au Grand Huit. Entourée de sa garde rapprochée, la maire a annoncé qu’elle annoncerait prochainement… son intention municipale. Quelques semaines plus tard, elle a fini par déclarer sa candidature à l’Étage, au milieu de ses fans. Mais sans beaucoup de jeunes… à l’exception de quelques encartés au PS.
Car c’est peut-être là aussi que le bât blesse. À la différence de sa rivale, Marie Mesmeur, elle a très peu mobilisé parmi la jeune garde de gauche ! (voir notre article ) Preuve en est : Nathalie Appéré vient de publier ce jour un post sur Facebook à destination des jeunes, où elle leur propose moult solutions et services. Elle en profite pour demander à Marc Hervé, son fidèle numéro deux, de s’en prendre à Charles Compagnon au sujet de la construction du Stade Rennais. Nathalie Appéré se réveillerait-elle ? Commencerait-elle vraiment sa campagne ? Dans certains journaux, beaucoup reprochent à la candidate d’avoir réservé l’exclusivité de son annonce presse au journal Ouest-France, broyant ainsi le respect de la pluralité de la presse. Encore une maladresse que son directeur de campagne ne lui a pas susurrée à l’oreille. Mais au fait, c’était qui ? Marc Hervé, le premier adjoint au maire… On ne peut pas tout faire bien.


