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jeudi 19 mars 2026
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municipales : Nathalie Appéré a-t-elle perdu contact avec les jeunes de gauche ?

La question circule de plus en plus dans la campagne municipale rennaise : la maire sortante Nathalie Appéré (socialiste) est-elle toujours en phase avec la jeunesse de gauche de la ville ? À Rennes, ville universitaire et l’une des plus jeunes de France, l’enjeu générationnel s’est progressivement imposé comme un marqueur politique. Entre une majorité sortante dont la moyenne d’âge de la liste dépasse les 46 ans et plusieurs listes concurrentes portées par de jeunes candidats, la campagne révèle un clivage inédit. Certains candidats n’hésitent même plus à parler d’un décrochage entre la municipalité et une partie de cette jeunesse engagée.

Nathalie Appéré postule pour son troisième mandat.

Ulysse Rabaté : « Il y a aujourd’hui une fracture entre la municipalité et sa jeunesse »

C’est d’abord Ulysse Rabaté, dissident insoumis et tête de liste de Rennes Commune, qui a formulé le plus clairement cette critique. L’homme politique et chercheur rennais décrit une rupture progressive entre la majorité municipale et une partie de la jeunesse rennaise. «Le paysage électoral le montre», explique-t-il. «Pour une majorité de gauche dans une ville comme Rennes, qui est l’une des villes les plus jeunes de France, ce n’est pas vraiment à la hauteur en termes de représentativité. Il y a aujourd’hui une fracture entre la municipalité sortante et sa jeunesse, sans doute liée à une forme de fatigue ou d’essoufflement de cette majorité. Dans la ville, on ne sent pas un grand enthousiasme pour un nouveau mandat. En revanche, chez les jeunes, on perçoit clairement une envie de changement. Et Rennes-Commune, par la singularité de sa démarche, recueille cette envie. »

Plus qu’un autre, le candidat insiste aussi sur la diversité des réalités sociales derrière la notion de jeunesse. « Il n’y a pas une jeunesse à Rennes, il y a des jeunesses. Il y a une jeunesse étudiante, une jeunesse qui travaille, et une jeunesse qui vit dans les quartiers populaires et qui a aussi une voix à faire entendre. Rennes-Commune est à mon sens la seule liste qui laisse des places hautes dans sa liste pour des jeunes des quartiers populaires. S’il n’y avait pas Rennes-Commune dans cette campagne, ces derniers n’existeraient pas.»

Au-delà de cette opinion purement politique, ces critiques s’inscrivent dans un contexte rennaismarqué par plusieurs épisodes de contestation. Durant ses mandats, la maire sortante Nathalie Appéré a dû faire face à différents mouvements sociaux à Rennes : mobilisations étudiantes contre la réforme des retraites, protestations contre la précarité étudiante. Rennes a également été l’un des foyers les plus actifs des manifestations nationales contre la réforme des retraites en 2023. Dans ce climat, certains militants ont dénoncé une distance croissante entre les institutions municipales et une partie des manifestants. La place de la mairie a notamment été régulièrement interdite aux rassemblements lors de manifestations importantes, ce qui a nourri le sentiment d’une rupture symbolique entre l’Hôtel de Ville et certains mouvements de jeunesse politisés. Cette situation ne signifie pas nécessairement un rejet global de la municipalité, mais elle a sans doute contribué à alimenter un débat sur la place accordée aux nouvelles générations dans la vie politique locale.

La France insoumise mise sur une nouvelle génération

Menée par la députée insoumise Marie Mesmeur, la liste « Faire mieux pour Rennes » illustre cette volonté de renouvellement générationnel. Avec une moyenne d’âge d’environ 36 ans, elle est l’une des listes les plus jeunes de la campagne municipale rennaise. Dix-sept candidats ont moins de 25 ans et treize sont étudiants, soit environ 21 % de l’ensemble de la liste. La présence de très jeunes candidates, comme Clara Burguin et Beyonce Gondamo, toutes deux âgées de 19 ans, symbolise même cette stratégie politique. La tranche d’âge la plus représentée se situe d’ailleurs entre 20 et 35 ans, avec de nombreux profils issus de l’université, du secteur associatif ou du travail social. On y trouve par exemple Liséa Gohier, vice-présidente étudiante de l’université Rennes 2, mais aussi plusieurs doctorants, animateurs, éducateurs ou jeunes travailleurs du secteur social.

Cette sociologie militante reflète un choix politique assumé : celui de porter une génération engagée dans les mobilisations sociales, les luttes écologistes ou les mouvements étudiants. Pour La France insoumise, ce renouvellement générationnel doit permettre d’incarner une alternative à une gauche municipale jugée trop institutionnelle ou trop installée. Plus à gauche encore, d’autres listes revendiquent une identité générationnelle encore plus marquée. C’est le cas de la liste Rennes ouvrière et révolutionnaire, portée par Victor Darcissac pour le Nouveau Parti anticapitaliste Révolutionnaires. Âgé d’un peu plus de vingt ans, l’étudiant en géographie à Rennes 2 incarne une génération militante qui assume une critique radicale du système politique.

Dans son portrait de campagne, le jeune homme est souvent décrit comme un candidat qui « contredit l’idée d’une jeunesse qui ne se préoccupe pas des questions de notre temps ». Sa liste revendique aujourd’hui une moyenne d’âge située autour de 20 à 25 ans et rassemble majoritairement des jeunes militants, étudiants ou travailleurs précaires. Victor Darcissac insiste sur l’absence de représentation politique des jeunes travailleurs : « Ceux qui font tout tourner dans notre société ne sont pas souvent représentés », affirme-t-il. La jeunesse apparaît aussi dans son discours comme une catégorie sociale souvent stigmatisée. Lui-même revendique un engagement politique commencé très tôt, puisqu’il militait déjà au lycée contre la réforme des retraites.

Une jeunesse précaire mise en avant par Révolution permanente

La liste menée par Erell Duclos, candidate de Révolution permanente, s’inscrit dans une logique similaire. À 26 ans, étudiante en sociologie et surveillante de nuit dans un internat, elle se présente comme la porte-parole d’une génération confrontée à la précarité. « Je vis ce que vivent beaucoup de jeunes ici : la précarité, la fatigue, le sentiment de ne pas peser. Cela fait aussi partie de ce que je veux porter », explique-t-elle. Dans son programme, la question étudiante occupe même une place centrale. « Un étudiant sur deux ne peut pas se nourrir correctement », insiste-t-elle.  Dans son programme, elle propose notamment la mise en place d’un repas gratuit par jour dans les restaurants universitaires et les cités universitaires. Elle plaide également pour l’élargissement de la carte Sortir aux jeunes et aux bénéficiaires de minima sociaux afin de faciliter l’accès à la culture et aux loisirs.

Je défends le droit de vote à 16 ans et critique l’invisibilisation des jeunes dans la vie démocratique. »Erell Duclos

Face à ces listes jeunes et militantes, la liste de Nathalie Appéré présente un profil très différent. Sa moyenne d’âge atteint 46,5 ans, soit légèrement plus qu’en 2020. Les candidats de moins de 30 ans y sont relativement peu nombreux : environ sept sur soixante-et-un. Le plus jeune, Nicolas Délerin, a 22 ans et dirige les Jeunes socialistes d’Ille-et-Vilaine. La liste comprend toute de même plusieurs profils liés aux politiques de jeunesse ou au secteur éducatif, comme un conseiller jeunesse et sports ou une chargée de mission jeunesse. Mais la majorité des positions éligibles reste occupée par des élus sortants, des cadres politiques ou des collaborateurs d’élus. Dans les faits, le cœur du pouvoir municipal demeurera largement entre les mains d’une génération politique installée si Nathalie Appéré est élue.

Plus que jamais, la bataille municipale rennaise semble ainsi révéler trois jeunesses politiques différentes. Une jeunesse institutionnelle, proche des appareils politiques traditionnels, au sein de la majorité sortante. Une jeunesse étudiante et militante du côté de La France insoumise. Et une jeunesse contestataire plus radicale encore chez les organisations d’extrême gauche. Dans une ville où la population étudiante est particulièrement importante, cette question générationnelle pourrait peser dans les équilibres politiques. Reste à savoir si ce renouvellement militant se traduira dans les urnes ou s’il restera cantonné aux marges du paysage électoral. Une chose est certaine : la jeunesse, longtemps considérée comme un électorat volatile ou peu mobilisé, s’est imposée comme l’un des enjeux politiques majeurs de la campagne municipale rennaise de 2026. 

 

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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