Il y a des livres qui racontent une vie. Et d’autres qui tentent de comprendre comment on survit à son enfance. A 48 ans, Medhi Mainguené publie Mémoires d’un fragile devenu fort. Ce récit autobiographique intense, lucide et sans complaisance n’est ni une plainte ni un règlement de comptes. Il raconte la vie d’un enfant qui a grandi entre douceur et brutalité, et qui a choisi, à l’âge adulte, de transformer la colère en force.
Son histoire commence au sud de Rennes, et se prolonge à Saint-Erblon, chez ses grands-parents. Dans ce havre de paix, il y a un immense jardin de 3 000 mètres carrés, un ruisseau parsemé des pierres de Pont-Réan, un menhir planté au milieu de la pelouse, et ce fameux pavé russe servi chaque année pour son anniversaire.
Mais derrière cette stabilité apparente se cache une autre réalité. À la maison, l’enfant vit les humiliations et les violences de sa belle-mère. Tout devient prétexte (erreurs scolaires…) pour distiller un climat de terreur. À l’école primaire de la Volga, à Rennes, il découvre un autre type de violence : celle des mots. Les bulletins le qualifient de paresseux, de boulet…
Dans la cour de récréation, une autre dynamique existe pourtant. Mehdi y retrouve des enfants aux prénoms multiples. Il y participe à des matchs improvisés où il se retrouve souvent “dans l’équipe des étrangers” à cause de son prénom, et où il ressent paradoxalement une forme de fierté. Cette contradiction traverse tout le livre : exclusion d’un côté, appartenance de l’autre.
Ce récit interroge la violence éducative, la rigidité scolaire, le silence autour des souffrances infantiles. Medhi n’idéalise rien. II observe comment la haine s’est installée en lui, comment elle a longtemps brûlé en silence, et comment l’humour est devenu un masque social, une stratégie de survie. Devenu père à son tour, il mesure ce que signifie transmettre autrement. Heureusement, la course à pied devient alors un exutoire. Il court pour canaliser la rage, pour transformer un feu destructeur en énergie maîtrisée.
Les routes bretonnes deviennent un espace de réparation, mais la véritable transformation se joue à l’intérieur. Mémoires d’un fragile devenu fort raconte une enfance rennaise, mais surtout une reconstruction universelle. Celle d’un homme qui refuse que son passé définisse son avenir.



