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vendredi 20 mars 2026
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Marie Mesmeur : la relève combattante de la gauche

Dans son local, à deux pas de la librairie la Nuit des temps, Marie Mesmeur est assise devant des affiches politiques avec Jean-Luc Mélenchon et Manuel Bompard en grand. Candidate aux municipales, la députée rennaise insoumise est tout sourire. « Nous préparons notre prochain meeting et le débat sur TVR », explique-t-elle. Mais avec la presse écrite, elle entend prendre le temps. « Il est toujours agréable de discuter politique», précise-t-elle.

Rennes, c’est aussi des femmes fortes, dont mes colistières Cathy Le Scolan et Régine Komokoli », glisse Marie Mesmeur.

Ce qui surprend tout de suite, c’est son calme, sa détermination. La jeune élue se présente comme une Rennaise amoureuse de sa ville. « Quand j’étais sur la flottille en direction de Gaza, c’est là où j’ai su que la capitale bretonne était ma maison. J’aime me promener la nuit à Rennes, sur la place de la République, à Sainte-Anne. J’aime aussi le Blosne, ce village dans la ville. » Mais bien vite, la discussion bascule vers le contexte politique, national et international. « Je suis les dépêches AFP en continu », s’inquiète-t-elle.

Dans un monde où « il n’y a plus de garde-fous », elle dit sa peur d’une escalade permanente, de l’aggravation des conflits et des conséquences économiques et écologiques. Elle formule même une angoisse plus vaste, presque existentielle de vivre dans un monde qui, aujourd’hui, est dans « les mains de Netanyahou et de Trump ». « Pour moi, ce sont des grands dangereux. » Au passage, la candidate en profite pour fustiger la posture française, sa perte d’influence dans le monde. « La France (…) participe à ce langage guerrier au lieu de participer à la paix. »

Ce climat tendu, Marie Mesmeur l’associe à une autre bataille, celle des discours qui se déchaînent sur internet. Marie Mesmeur décrit des campagnes « violentes » sur les réseaux sociaux, alimentées par des comptes qu’elle identifie comme des « bots ». Mais contre les insultes, elle s’accroche à une idée simple. « La réalité, elle est physique, elle n’est pas numérique. Dans les rues rennaises, il y a quelques temps, 12 000 personnes étaient bien là contre les valeurs fascistes. » 

Je ne prendrai jamais le risque de laisser plus d’espace à la droite », affirme Marie Mesmeur. 

Dans cette campagne, elle estime aujourd’hui avoir deux cibles principales : la majorité sortante socialiste et la droite « lissée » du bloc central. Contre Nathalie Appéré, l’insoumise ne cache pas son exaspération. « Elle ne veut pas rentrer dans le débat .» Mais le point de rupture, selon elle, tient à la stratégie « appérienne », celle d’éviter toute ouverture à La France insoumise, même au risque d’un second tour dangereux. « C’est totalement irresponsable qu’elle ait cette position-là », tranche Marie Mesmeur.

« Rennes ne sera jamais une ville refuge quand on scinde la gauche au moment justement où le fascisme peut manifester (…) en toute impunité. » Au passage, la candidate tient à rappeler les derniers résultats électoraux. « Quand les socialistes, aux présidentielles, font 3 % à Rennes, nous, on fait plus de 30 %. Au second tour, nous nous maintiendrons pour assurer la présence d’insoumis au conseil municipal.  On ne peut pas traiter nos électeurs comme une variable d’ajustement. »

Parmi ses autres adversaires, Marie Mesmeur cite explicitement Charles Compagnon. Elle le décrit comme un candidat qui cherche à éviter d’assumer son ancrage politique. « Il essaie (…) de se donner une image (…) sans que l’on comprenne réellement (…) dans quelle ligne politique il est », estime-t-elle. « Mais le leader de Vivre Rennes, c’est le parti d’Édouard Philippe et, plus largement, le bloc central d’Emmanuel Macron ». À droite, elle évoque aussi des candidatures « plus dures », comme celle de Thomas Rousseau, qu’elle juge « caricaturale » et « populiste », citant notamment l’idée de couvre-feux dans les quartiers populaires. « Je n’y vois pas beaucoup de fond chez lui en revanche j’observe beaucoup de mépris pour des propositions qu’elle estime intenables. » 

Je place le RN dans un registre local de « candidature de comptage », sans projet rennais réel. » Marie Mesmeur.

Face à ces blocs, Marie Mesmeur répète sa boussole : ne pas laisser le champ libre, ne pas banaliser, ne pas s’habituer. Reste la gauche, justement, et ses multiples listes. Là où certains redoutent une dispersion, Marie Mesmeur assume une lecture inverse. Elle cite Erell Duclos et Ulysse Rabaté. « Ces candidatures montrent la pluralité de la gauche et sa richesse », insiste-t-elle. Mais elle se refuse à attaquer frontalement ces listes. « Je lutte dans le même cadre avec eux. En revanche, je me différencierai toutefois sur la finalité. Je crois pour ma part à la prise de pouvoir par les urnes et à une stratégie d’institutions, là où certains petits partis d’extrême gauche portent une culture plus insurrectionnelle.»

Depuis quelques semaines, Marie Mesmeur retrouve son côté militant. «Je fais campagne pour gagner» répète-t-elle. Partout, on la croise sur les marchés, sorties d’école, portes de métro. « En quelques semaines, on a frappé à 14 000 portes.» Localement, l’Insoumise sent un engagement plus intense encore que celle du Nouveau Front populaire. « Je constate une mobilisation citoyenne très puissante et inattendue, avec de nombreux nouveaux engagés, notamment des 30-40 ans, notamment du secteur public.»

Dans son programme, Marie Mesmeur met au centre la démocratie locale et l’intervention citoyenne. Elle défend une participation populaire permanente au travers de conseils citoyens, référendum d’initiative citoyenne, prise de parole en conseil municipal. Elle assume même une logique de politisation par la consultation. Au-delà, elle promet de la transparence dans l’octroi des subventions associatives et culturelles. Elle envisage la création de résidences d’artistes ouvertes, autogérées et d’une maison du peuple au Palais du Commerce. «Ce dernier lieu serait pensé comme un lieu social, pratique, mutualisé. Il serait un guichet unique, avec des bains-douches’, un refuge pour les travailleurs précaires.»

Je souhaite une consultation citoyenne sur l’avenir de lieux comme le palais Saint-Georges, l’ex-cinéma Arvor. » Marie Mesmeur. 

Dans son projet encore, Marie Mesmeur mise sur une mesure emblématique : la gratuité des transports. « En cas d’élection, ce serait le cas pour les moins de 26 ans dès septembre. Puis notre objectif serait de proposer la gratuité pour tous, en s’appuyant sur des expériences comme Montpellier. » Elle défend aussi un « RER rennais », un projet qu’elle ancre dans le temps long, et dans une ambition métropolitaine. L’occasion pour elle d’évoquer la référence qui éclaire sa manière de se projeter : Edmond Hervé (qui a été élu en 1977 à peu près au même âge qu’elle). 

Marie Mesmeur ne cherche pas à se couler dans la nostalgie, mais elle revendique le droit à l’ambition municipale. « Je ne m’empêche pas de rêver », affirme-t-elle. À ses yeux, l’héritage d’Edmond Hervé tient moins au personnage qu’à une méthode. L’ancien maire disposait « d’une vision à long terme ». À l’image de son illustre prédécesseur, Marie Mesmeur se sert de sa mémoire comme d’un argument. Elle sera comme lui une force de propositions : logement, transports, culture, ou encore démocratie locale. « Une municipalité de gauche se reconnaît à sa capacité à décider, pas à temporiser », explique-t-elle. À la mairie, elle tient à projeter dans la même temporalité et à prendre des mesures symboliques en cas d’élection. Elle inscrira notamment sur le fronton de l’hôtel de ville la devise républicaine, « liberté, égalité, fraternité ». « Rennes (…) est foncièrement insoumise. Elle est une ville jeune, urbaine, revendicative », ajoute-t-elle. Elle veut en faire aujourd’hui un haut lieu des progressistes, des féministes, des antifascistes et assurément international. 

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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