À Rennes, il suffit parfois de pousser une porte pour changer de siècle. Derrière les façades anonymes se cachent des cours intimes, des escaliers usés par les siècles, des jardins secrets – un autre monde, souvent invisible, toujours fermé, mais terriblement vivant.
C’est peut-être la plus belle cour de Rennes. Nichée derrière une grande porte de la rue de la Psalette, elle s’ouvre rarement. « Nous sommes dans un boyau médiéval, en quelque sorte une rue moyenâgeuse », souffle un habitant du lieu, guide improvisé. Là, tout est intact. L’incendie de 1720 a épargné cette cour miraculeusement conservée. On y découvre l’ancien bâtiment des enfants de chœur de la cathédrale, des escaliers en bois, des maisons à colombages, une coursive, des camélias, des hortensias et une maison splendide – celle des Porteu de la Morandière. Autrefois, on y faisait ripaille entre notables. Aujourd’hui, la cour est toujours propriété de la même famille, depuis des siècles. Quinze appartements y ont été aménagés, loués par l’entreprise Cocoonr, dont l’agence est à deux pas.
Juste derrière l’ancienne préfecture, au 14 de la rue des Fossés, une autre cour étonne. Il faut franchir un portail électronique, passer sous un porche, et là, la ville disparaît. On se retrouve devant un manoir entouré de verdure, dans une atmosphère presque champêtre. Des bâtiments ancien bordent la cour. Ici aussi, calme et silence dominent. Mais comme tant d’autres, cette cour reste interdite au public. Avec un peu de chance, vous pourrez peut-être vous y glisser, tôt le matin.
À deux pas de la basilique Notre-Dame des Miracles, la cour de la rue Saint-Sauveur reste accessible. On y trouve les presbytères de Saint-Vincent et de Saint-Melaine, quelques maisons aux volets bleus, une végétation douce, et des pavés qui accrochent la lumière. Ici, le charme est encore à portée de pas. C’est aussi le cas Rue Vasselot. Derrière la porte du Batchi, des vestiges du couvent des Carmes sont encore visibles aujourd’hui dont une étonnante maison à pans de bois avec un double escalier à balustres donnant sur des logements à galeries.
Au numéro 28 de la rue Saint-Georges, l’entrée bleue en bois laisse place à un grand couloir éclairé par des lumières douces. Elle mène vers un petit abreuvoir tout noir où un robinet en cuivre laisse quelquefois filer des gouttelettes d’eau. Dans cette étrange arrière-cour pavée, le bruit de la ville est bien loin et la quiétude est assurée. A l’écart, le chemin se poursuit vers un escalier en bois comme on en déniche partout dans le cœur de Rennes. Mais pas le temps de monter quatre à quatre vers les plus hauts sommets, un autre long couloir s’enfonce dans les entrailles de notre belle cité. Il mène vers un petit bonheur urbain au milieu duquel les feuilles d’automne éparpillées sur le sol donnent à l’endroit un air champêtre. Ici, un banc en granit attend un noble séant. Là, une cour majestueuse sort de nulle part devant les yeux ébahis!
Sans aucun doute, le promeneur chanceux chuchotera son plaisir. Mais de grâce, on lui demandera de respecter la tranquillité des habitants de ses belles maisons aux volets bleus, rouges et émeraudes. À l’abri des regards, ces nombreux endroits (comme cette traboule) sont à découvrir seuls ou bien avec les guides de Destination Rennes. De la place Sainte-Anne à la place du Parlement, l’Office du tourisme propose un parcours à travers les cours secrètes de Rennes. Un guide – avec les clés – vous emmène dans ces lieux normalement fermés, à la découverte de puits, de fontaines, de jardins, d’escaliers oubliés. Office du tourisme – 1 rue de Saint-Malo.






