Ce 31 mai 2025, la nuit est tombée à Fougères. Rue de Saint-Lô, au numéro 18, une poubelle s’enflamme, puis une deuxième. Le feu crépite puis ne met pas longtemps à lécher une maison où à l’intérieur, un couple dort avec leurs enfants. Mais heureusement pour eux, une habitante donne l’alerte. Réveillée par des bruits inhabituels — le claquement du plastique en train de fondre et le souffle des flammes —, elle a eu la présence d’esprit de regarder par la fenêtre, d’avertir ses voisins et les pompiers.
Une chaussure comme pièce à conviction
Ce soir-là, Enzo Foubert, 22 ans, un jeune maçon, n’aurait pas allumé un feu mais quatre dans le quartier. Derrière lui, il a laissé un sac avec des papiers et une chaussure de sport blanche d’une pointure 43. Ce sera sa signature involontaire. Les analyses ADN sur une voiture parleront elles aussi d’elles-mêmes : son nom apparaît noir sur blanc.
À la barre du tribunal, ce 1er août, le père de famille témoigne avec émotion en regardant dans les yeux le prévenu. « On a fini l’année scolaire dans un Airbnb. Ce soir-là, j’ai dû tirer ma fille par les cheveux, au moment où le toit nous tombait dessus. Si ma voisine n’avait pas été là, on ne serait peut-être plus là aujourd’hui. Tout s’est joué à quelques secondes. »
Face au tribunal, Enzo Foubert reste, lui, flou. « Je ne peux pas vous répondre. Je n’ai aucune idée. Je ne sais pas pourquoi je me suis attaqué à cette maison… J’avais bu trois verres. Je tenais à m’excuser. » Devant la justice, il n’est pas à sa première affaire. Le 7 juillet, il a déjà été arrêté pour conduite sans permis, sous l’emprise de l’alcool, en possession d’un bien volé.
Procureur adjoint, Fabrice Valembois décrit Enzo Foubert comme « un danger pour les autres » et pour lui-même. « Si quelqu’un avait été blessé ou tué cette nuit-là, c’était trente ans de prison. Heureusement, la providence fut la voisine. Le prévenu ne semble pas avoir conscience de ses faits. Il ne mérite aucune mansuétude. » Peu d’indulgence également du côté de l’avocat de la partie civile. « Mon client n’a pas d’animosité, mais il attendait des explications. Il espérait un changement de posture, lors de cette audience. »
De l’autre côté de la barre, Me Joan Allen, avocate d’Enzo Foubert, tente de plaider une prise de conscience de son client. « Il ne comprend pas qu’il ait pu commettre de tels actes. Il sait qu’il a trop bu, qu’il a un problème avec l’alcool. Il veut maintenant assumer. Il a eu un déclic de maturité. Ce qu’il exprime aujourd’hui, c’est du regret. » Le tribunal a condamné Enzo Foubert à cinq ans de prison, dont trois avec sursis probatoire pendant deux ans. Il devra se soigner, travailler, ne plus paraître à Fougères, et indemniser les victimes. Il est maintenu en détention. S’il ne respecte pas ces obligations, il risque de purger l’intégralité des cinq années derrière les barreaux.


