Rennes compte de nombreuses églises, certaines bien connues, d’autres beaucoup plus discrètes. Réparties dans différents quartiers, ces édifices racontent chacun une part de l’histoire de la ville, à travers leur architecture, leur usage, ou les récits qui les entourent. De Saint-Joseph à Sainte-Thérèse, en passant par Saint-Martin ou encore la chapelle Sainte-Famille, tour d’horizon de lieux de culte souvent méconnus mais dignes d’intérêt surtout en période chaude !
Église Saint-Joseph – L’étonnante discrète. Nichée au 27 rue Monsieur Vincent, dans le quartier de la Poterie, l’église Saint-Joseph est l’une des plus méconnues de Rennes. Inaugurée à Noël 1959 sur les plans des architectes Georges Labesse et Beauchamps, elle occupe une ancienne salle de théâtre, dont les gradins expliquent le surprenant dénivelé intérieur. La charpente en bois massif domine une nef entièrement baignée d’un parfum de bois, visible depuis les structures jusqu’à l’autel. Minimaliste et sans fioriture, l’édifice est éclairé par des lampes industrielles et abrite seulement deux statues.
À l’époque de sa construction, le diocèse possédait les terrains alentours, où séminaristes jardinaient et vaches paissaient. Tout change dans les années 1980, quand une partie du domaine est vendue à un promoteur immobilier, donnant naissance à plusieurs habitations. Certaines seront démolies plus tard pour faire place à de nouvelles résidences. Aujourd’hui, l’église dépend de la paroisse Sainte-Elisabeth, qui réunit deux prêtres, deux diacres permanents et un dominicain. La messe y est célébrée le samedi à 18h et le jeudi matin à 8h45.
Église Saint-Martin – Orgue royal et mémoire en vitrail. L’église Saint-Martin, reconstruite en 1950-1951 après avoir été détruite par les bombardements de 1943, est l’héritière d’un sanctuaire plus ancien, attesté dès le XIIe siècle puis détruit par les révolutionnaires en 1794. La nouvelle bâtisse, située rue Saint-Malo, présente de magnifiques vitraux signés Max Ingrand, inaugurés en 1933 par l’abbé Guihard. C’est une église moderne, mais profondément enracinée dans l’histoire religieuse de la ville.
Son orgue, quant à lui, porte une histoire exceptionnelle : construit en 1711 pour la chapelle royale de Versailles par Robert Clicquot et Julien Tribuot, il fut restauré par Cavaillé-Coll, puis finalement installé à Saint-Martin par Yves Sévère après la fermeture du séminaire de Châteaugiron. Classé Monument Historique, son buffet d’origine est resté intact. Cet instrument d’exception continue aujourd’hui de faire vibrer la nef sous les doigts des organistes, pour la plus grande gloire de Dieu.
Église Sainte-Thérèse – Un bijou Art déco dans l’oubli. Longtemps écartée des circuits touristiques, l’église Sainte-Thérèse de l’Enfant-Jésus mérite pourtant le détour. Consacrée en juin 1936 dans l’ancien quartier du Haut-Quineleu, cette église Art déco est l’œuvre de l’architecte Hyacinthe Perrin. Le peintre Louis Garin y a réalisé de superbes fresques retraçant la vie de sainte Thérèse, visibles aux côtés des verrières du maître-verrier Rault et des mosaïques d’Odorico. Malgré deux incendies (en 2001 et 2018), l’église reste un lieu prisé pour les mariages.
Avec ses 38 mètres de long, son dôme culminant à 33 mètres et sa riche décoration intérieure, Sainte-Thérèse s’impose comme un lieu unique. Ses autels en pierre blanche, ses détails en mosaïque et ses dimensions généreuses en font une véritable cathédrale de quartier. Depuis son inscription aux Monuments Historiques en 2015, elle renaît peu à peu dans la conscience collective. Et après la visite, un arrêt au café Panama tout proche ajoute une touche conviviale à l’expérience.
Église Saint-Étienne – Une baroque cachée entre les murs. Quasiment invisible depuis la place des Lices, l’église Saint-Étienne mérite pourtant qu’on s’y attarde. De style baroque et longue de 52 mètres, elle fut ouverte au culte en 1700 par les Augustins, à défaut de pouvoir y bâtir un couvent. Les statues de Saint-Augustin et Saint-Étienne ornent sa façade, tandis que l’intérieur dévoile des vitraux remarquables réalisés en 1870 par l’atelier Lavergne. L’édifice conserve des pièces remarquables, dont des médaillons du XIXe siècle et des sculptures de Jean-Baptiste Barré.
Lieu de culte toujours en activité, l’église Saint-Étienne porte la mémoire de ses fondateurs, tout en étant intégrée à un quartier vivant. Son histoire est celle d’un refuge religieux devenu paroisse, fréquenté par les fidèles depuis trois siècles. Elle reste malheureusement fermée une grande partie du temps, mais sa façade soignée et ses décors intérieurs témoignent encore de l’importance qu’elle avait sous l’Ancien Régime.
Église des Sacrés-Cœurs – La paix au sud de la gare. Au sud de la gare, l’église des Sacrés-Cœurs est un bijou néo-gothique édifié entre 1908 et 1915 sous l’impulsion du chanoine Albert Girard. Réalisée en grès de Saint-Germain-sur-Ille et schiste pourpre de Pont-Réan, elle est l’œuvre d’Arthur Regnault, célèbre architecte religieux rennais. L’église, sobre mais majestueuse, impressionne par la justesse de ses proportions et son atmosphère apaisante. Elle s’intègre parfaitement à son environnement, même si un récent immeuble voisin suscite des regrets.
À l’intérieur, le maître-autel monumental, les vitraux de Gabriel Loire et l’orgue romantique Mutin Cavaillé-Coll soulignent la qualité de l’édifice. Une chapelle abrite une mosaïque d’Isidore Odorico ainsi que le tombeau du fondateur de la paroisse. Malgré l’urbanisation alentour, cette église reste un havre de recueillement et un symbole architectural reconnu par la Fondation du Patrimoine.
Chapelle Sainte-Famille – La blancheur en retrait. Derrière une façade discrète au 6 rue du Passage Couëdic, la chapelle Sainte-Famille se découvre chaque jeudi matin. Édifiée en 1950 sur les ruines d’une chapelle bombardée, elle fut imaginée par l’architecte Louis Chouinard. Entièrement blanche, d’une sobriété saisissante, elle est illuminée par des verrières en dalle de verre de Gabriel Loire. Sa fresque centrale, œuvre d’Adeline Neveu, surplombe un autel moderne dans une nef rectangulaire en béton et schiste.
Classée patrimoine du XXe siècle, cette chapelle cache aussi un portail de ferronnerie signé Théodore Brandt et une sculpture de la Sainte Famille de Francis Pellerin, Grand Prix de Rome. C’est un lieu de culte discret mais essentiel dans le quartier du Colombier, offrant un moment de silence dans le tumulte urbain. Peu connue, elle incarne pourtant une mémoire architecturale et spirituelle forte.
Basilique Saint-Aubin – Mémoire et engagement. Longtemps fermée à cause des travaux du métro, la basilique Saint-Aubin, place Sainte-Anne, a ouvert avec une exposition dédiée à Marcel Callo. Ce jeune typographe rennais, mort à Mauthausen en 1945, est honoré à travers une scénographie immersive retraçant son parcours de chrétien engagé, depuis son départ pour le STO jusqu’à son arrestation par les nazis pour son apostolat auprès des déportés.
L’exposition s’intègre au cadre architectural de la basilique, avec cinq stations mémorielles dans la nef. À travers textes, photos et vidéos, elle permet une redécouverte du lieu et du rôle de l’Église durant la guerre. Marcel Callo incarne un apostolat moderne, celui d’un laïc convaincu. La basilique retrouve ici sa vocation : être un lieu de mémoire, de prière et d’inspiration pour les générations futures.
Basilique Saint-Sauveur – Le miracle contre les Anglais. Connue sous le nom de Notre-Dame des Miracles et Vertus, la basilique Saint-Sauveur occupe une place chère au cœur des Rennais. Derrière sa façade discrète se cache un riche intérieur : baldaquin, orgue, chaire en fer forgé, mais surtout une chapelle où trône la statue de la Vierge Marie qui, selon la légende, sauva la ville d’un siège anglais en 1357. La statue aurait mis en branle les cloches et pointé du doigt un tunnel ennemi.
Relancée en 1864, la dévotion à Notre-Dame se poursuit aujourd’hui. Chaque jour, les fidèles viennent allumer des cierges et prier devant l’ancienne protectrice de la cité. La statue actuelle, œuvre du sculpteur Goupil, remplace celle détruite à la Révolution. Située au cœur de Rennes, accessible depuis la station République, la basilique est ouverte de 7h à 19h tous les jours.
Notre-Dame de Bonne Délivrance – Vierge noire et silence. Au 30 rue Saint-Louis, derrière une pergola et un petit jardin, se cache un joyau insolite : Notre-Dame de Bonne Délivrance, seule vierge noire à l’enfant de Rennes. Dressée dans une niche, la statue porte sceptre, couronne et manteau pourpre. Elle est vénérée par les sœurs hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve, qui y organisent des messes quotidiennes et le chapelet l’après-midi.
À l’intérieur, un étonnant escalier hélicoïdal attire l’œil. Il mène à un petit orgue, à quelques vitraux rares, et surtout à une ambiance unique. Jadis lieu de repos pour les religieuses, l’église s’intègre aujourd’hui à un EHPAD de 87 lits. Son histoire mêle architecture, piété et soin aux plus fragiles, dans une atmosphère hors du temps. Ne pas oublier le Musée de la Cathédrale, la chapelle du lycée Saint-Vincent et celle des Petits soeurs des Pauvres.










