Le sort des commerçants rennais a donné lieu à de vifs échanges, jeudi 5 novembre 2026, lors du conseil métropolitain. Face aux effets dévastateurs des manifestations et des violences qui secouent le centre-ville depuis le 17 octobre, Charles Compagnon et Carole Gandon ont réclamé un véritable plan d’urgence. Sébastien Sémeril, vice-président chargé du développement économique, leur a répondu sans détour. Dans un débat parfois tendu, les élus se sont affrontés sur les aides annoncées, les responsabilités politiques et les moyens financiers de Rennes Métropole.
Les transports figuraient à l’ordre du jour du conseil métropolitain. Mais les difficultés du commerce rennais se sont rapidement imposées dans les discussions. Depuis plusieurs semaines, les manifestations, les dégradations et les fermetures anticipées ont perturbé l’activité du centre-ville, à l’approche d’une période de Noël particulièrement importante pour les professionnels. En ouverture de séance, Nathalie Appéré a présenté les premières mesures élaborées avec la ville de Rennes en faveur du commerce. Les transports en commun seront gratuits les quatre samedis précédant Noël, les 28 novembre, 5, 12 et 19 décembre, tout comme la première heure de stationnement dans les parkings en ouvrage. Une campagne de communication débutera le 23 novembre pour encourager les achats de proximité, tandis que les animations de fin d’année seront renforcées. Une diminution des droits de terrasse pour les établissements les plus touchés est également envisagée dans le cadre du budget municipal 2027.
des échanges sont engagés avec la Région Bretagne autour d’avances remboursables et de garanties d’emprunt « . La maire
Dans l’opposition, le premier à intervenir est Charles Compagnon, élu du groupe Vivre Rennes. Il revient notamment sur la fermeture des Halles centrales, le samedi précédent, dès 12 h 30. Une décision qu’il dénonce, tout en reconnaissant la nécessité de protéger les personnes. « Aujourd’hui, il ne s’agit plus simplement d’aider les commerçants. Il s’agit de sauver les commerces ! », ajoute-t-il. L’élu réclame la mobilisation immédiate des moyens économiques et financiers de la métropole, et interpelle directement l’exécutif. « Vous qui dirigez cette Métropole, vous avez une responsabilité particulière. Vous ne pouvez pas vous contenter de condamner les violences le samedi, de constater les dégâts le dimanche et d’attendre avec inquiétude le samedi suivant. »
Pour lui, les pertes d’activité finiront par provoquer des fermetures définitives. Pour lui encore, la baisse de fréquentation touchera également ceux qui ont échappé aux casseurs. « Car si une vitrine peut se remplacer, un commerce qui ferme ne rouvre pas nécessairement. Et un centre-ville qui meurt ne se reconstruit pas avec des communiqués de presse. L’heure n’est donc plus aux seules mesures d’accompagnement. Nous attendons des décisions susceptibles de préserver durablement les entreprises et leurs emplois.»
Carole Gandon s’indigne des propos sur les « dividendes »
Carole Gandon, également élue du groupe Vivre Rennes, enfonce le clou. Elle demande une gratuité des transports étendue à tous les week-ends jusqu’à Noël, mais aussi pendant les soldes, ainsi qu’un renforcement des aides financières et fiscales. Elle reproche surtout à Sébastien Sémeril des propos qu’il aurait tenus lors d’une rencontre avec les commerçants, évoquant la possibilité de « taper dans leurs dividendes ». « Mais de quels dividendes parlez-vous ? De ceux des indépendants qui ne se versent plus de salaire, qui peinent à payer leurs salariés, leurs loyers, leurs fournisseurs ? Une telle remarque, de la part du vice-président chargé du développement économique, révèle une méconnaissance sidérante des réalités de l’entreprise», a-t-elle martelé, avant de terminer par une mise en garde. « Nos commerçants sont le cœur battant de Rennes et de notre métropole. Et je souhaite sincèrement que ce Noël ne soit pas le dernier pour certains d’entre eux. »
Sébastien Sémeril : « C’est un mensonge, Monsieur Compagnon »
La réplique du vice-président chargé du développement économique est particulièrement ferme. Pour lui, le commerce connaît des difficultés structurelles bien antérieures aux manifestations. Il évoque la baisse du pouvoir d’achat, le développement des achats sur Internet et l’évolution des modes de vie, qui affectent aussi bien les centres-bourgs que le centre-ville de Rennes. Mais il s’en prend surtout à la mise en cause de la majorité municipale. « Dire que nous ne sommes pas à côté des commerçants, c’est un mensonge, Monsieur Compagnon, c’est un mensonge. (…) Je suis allé à la rencontre des commerçants, lors des trois derniers samedis de manifestations et j’ai participé aux réunions organisées par la préfecture.»
Dans un contexte de restrictions budgétaires, l’élu insiste ensuite sur les contraintes financières de Rennes Métropole. Les quatre samedis de gratuité des transports et du stationnement représentent, selon lui, un impact de plus de 550 000 euros pour la collectivité. « Mais, là encore, il est tellement facile, lorsqu’on est dans une minorité ou dans une opposition, de plaider à longueur de temps des phénomènes de gratuité sans envisager les financements. » Sur la polémique des dividendes, il récuse l’interprétation de Carole Gandon. Il explique juste avoir comparé la gestion budgétaire des entreprises à celle des collectivités, en évoquant les choix d’investissement et la nécessité d’équilibrer les comptes.
Victor Bayard dénonce une compassion à géométrie variable
Le débat prend une autre tournure avec l’intervention de Victor Bayard, élu insoumis, qui refuse de limiter la discussion aux seules conséquences commerciales des manifestations. Il rappelle l’importance du droit de manifester et s’indigne de la place accordée aux dégâts matériels par rapport aux blessures subies par certains manifestants. « Je trouve ça étonnant qu’autant d’empathie se presse aux portes des vitrines et aussi peu aux chevets des éborgnés, des amputés, des violentés, d’une violence policière stratégiquement décidée au niveau de l’État. » Au terme de cette séquence animée, les désaccords restent entiers. Mais pour les commerçants, le véritable rendez-vous est désormais fixé aux prochaines semaines. Avec les achats de Noël, les quatre samedis de gratuité et les animations annoncées, Rennes Métropole espère faire revenir les clients dans le centre-ville. Encore faudra-t-il que les conditions de sécurité permettent aux professionnels de travailler et aux habitants de retrouver leurs habitudes.


