À peine arrivée à Rennes, Laurence Lairet, nouvelle directrice interdépartementale de la police nationale, aura vécu un sacré baptême du feu ! Elle est confrontée à une succession de manifestations, de blocages et de violences urbaines. Lors d’une rencontre avec la presse, ce jeudi 22 octobre 2026, elle est revenue sur les affrontements du 17 octobre, la fatigue de ses effectifs et les choix tactiques opérés face aux émeutiers. Avec une priorité affichée : protéger ses policiers, sans renoncer à rétablir l’ordre.

Sa prise de fonctions n’aura pas été de tout repos. Après huit années passées à Strasbourg, Indre-et-Loire et Saint-Brieuc dans des fonctions de direction, la policière connaît les situations difficiles. Mais Rennes lui a réservé un accueil particulièrement mouvementé. En quelques semaines, les mobilisations lycéennes et étudiantes se sont succédé, avant les violences du samedi 17 octobre. « Je suis très fière de ce que les policiers réussissent à accomplir au quotidien sur le terrain », assure-t-elle. Décrivant des journées de « dix heures, douze heures, parfois plus », elle tient à mettre en avant ses 1200 hommes et femmes. « Désormais, on se fait quand même charger par des émeutiers », relève-t-elle. «C’est une situation assez inédite. »
Nos policiers subissent des insultes répétées et une communication entièrement tournée vers la haine de la police ».
Revenant longuement sur les violences du 17 octobre, Laurence Lairet ne cherche pas à masquer les difficultés rencontrées. « C’est assez difficile à vivre », reconnaît-elle. Pour expliquer les mouvements des forces de l’ordre, elle emploie une formule : Se reculer pour mieux avancer. « Face à une opposition qui était trop forte, on a, à un moment donné, fait le choix de se regrouper pour être de nouveau capables d’avancer face aux émeutiers », détaille-t-elle. Ce repli tactique était destiné à reconstituer une capacité d’intervention. Mais elle a momentanément réduit la présence policière dans certains secteurs. « Alors qu’on doit protéger les biens et les personnes, ce n’est jamais facile de voir qu’à un moment donné, on a été dépassés par le nombre des émeutiers, par leur volonté, leur détermination de tout casser. »
Des policiers éprouvés, mais toujours mobilisés
Encore une fois, la directrice a rappelé la répartition des compétences dans le maintien de l’ordre. « C’est la préfète qui tranche et qui décide », souligne-t-elle. «Notre rôle consiste à apporter notre expertise technique et stratégique. Il est notamment d’adapter le dispositif à l’évolution des événements. » Elle résume cette approche par la recherche d’un équilibre entre « l’ordre indispensable » et les « désordres acceptables », une ligne parfois difficile à tenir lorsque les commerces sont pris pour cible.
Aujourd’hui, Laurence Lairet ne cache pas la fatigue de ses effectifs devant des longues journées et des interventions sous tension. Pour accompagner les forces de l’ordre, trois professionnels du soutien psychologique sont mobilisés et des débriefings sont organisés après les opérations. Mais la perspective de nouvelles manifestations ne leur laisse guère de répit. Pour le samedi 24 octobre, la directrice annonce un dispositif renforcé. « On s’y prépare », assure-t-elle. « On sera présent en amont samedi pour effectuer des contrôles et mettre en place des verbalisations au regard de l’interdiction de manifestation », précise-t-elle, indiquant au passage que Rennes n’a pas connu de difficultés particulières d’approvisionnement en moyens lacrymogènes.
« Je serai toujours au soutien de mes effectifs »
Au-delà des manifestations, Laurence Lairet entend poursuivre la lutte contre le narcotrafic et renforcer le traitement des violences sexuelles et sexistes. Elle salue les résultats obtenus par les enquêteurs rennais dans plusieurs affaires de stupéfiants, tout en rappelant l’ampleur de la tâche. « On pourrait avoir quatre fois plus de policiers, on aurait toujours du boulot », observe-t-elle. Elle insiste notamment sur la situation des habitants confrontés aux trafics et sur les « petites mains » exploitées par les réseaux criminels. Pour autant, sa priorité immédiate reste la gestion des violences urbaines et la protection de ses équipes. « Je serai toujours au soutien de mes effectifs », promet-elle. « J’ai une vision très claire des attendus du métier, de l’image qui doit rester celle de l’institution. »
Derrière ces mots, la nouvelle directrice évoque les dangers auxquels ses fonctionnaires sont exposés, mais aussi leur « capacité» à tenir face aux violences. « Moi, je suis chef de police, mais je suis policière avant tout », insiste Laurence Lairet. « Quand mes collègues partent sur un service, je veux qu’ils reviennent tous, qu’ils reviennent tous entiers. C’est vraiment ce qui m’obsède au quotidien. » Samedi prochain, les policiers attendent un mouvement très suivi, mais n’ont pour l’instant aucune déclaration.



