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lundi 19 octobre 2026
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Les forestiers montrent de quel bois ils se chauffent !

Ils sont sortis du bois, et ils ne sont pas venus les mains vides ! Ce lundi 19 octobre 2026, dès 4 heures du matin, des professionnels de la filière forestière arrivés de Bretagne et du Grand Ouest ont bloqué le dépôt pétrolier de Rennes. Avec leurs camions grumiers, leurs engins de chantier et leurs tronçonneuses, ils dénoncent la flambée des prix du carburant, les difficultés économiques de leur profession et l’accumulation des contraintes administratives. 

« La forêt brûle, nos entreprises aussi ! »

Cette fois, les forestiers ont décidé de montrer de quel bois ils se chauffent ! Dans la nuit de dimanche à lundi, des bûcherons, débardeurs, exploitants forestiers, transporteurs de bois et professionnels de la transformation ont convergé vers Rennes. Leur cible était le dépôt pétrolier, dont ils bloquent les accès depuis 4 heures du matin.   « C’est l’intégralité de la chaîne de valeur de la filière bois qui s’est mise en mouvement cette nuit », affirme le Collectif Forestiers en colère dans son communiqué.

Ce matin, les participants sont venus « de toute la Bretagne et du Grand Ouest » pour rendre l’approvisionnement du dépôt impossible. « Nos professionnels n’avaient jamais manifesté collectivement. S’ils l’ont fait ce matin, c’est que les entreprises ferment les unes après les autres, et que le silence n’est plus une option », expliquent les organisateurs. Au cœur de la colère, il y a d’abord le prix du carburant. « Pour nous, il est impossible de travailler sans gazole. Les engins qui coupent, déplacent et transportent les arbres en consomment quotidiennement», confie un professionnel..  « Depuis le printemps 2026, la flambée des prix de l’énergie a plongé des centaines d’entreprises dans une situation critique ».

Les professionnels dénoncent surtout une différence de traitement avec d’autres secteurs économiques. « L’État a bien accordé une aide de 15 centimes par litre aux agriculteurs et aux professionnels de la forêt sur le GNR, mais il a accordé 35 centimes aux marins-pêcheurs, et jusqu’à 40 centimes aux grands rouleurs », détaillent les manifestants dans leur communiqué.  « Les forestiers paient le même carburant avec une aide deux fois moindre. » Dans leur document de revendications, les professionnels résument leur exigence en quatre mots : « Même carburant : mêmes aides. » Au plus vite, ils réclament un alignement de l’aide sur celle des marins-pêcheurs, à hauteur de 35 centimes par litre.  « Engins de débardage, camions grumiers, tronçonneuses : nous mobilisons tous les types de carburant et ne bénéficions d’aucune aide sur le sans-plomb », déplorent les forestiers.

« Les entreprises ferment les unes après les autres »

Mais la colère dépasse largement la question du carburant. Selon le collectif, la filière bois représente 440 000 emplois en France et 10 % du PIB industriel national. Pourtant son activité est de plus en plus menacée. « L’intégralité de la chaîne de valeur forestière est aujourd’hui fragilisée dans ses fondements économiques », préviennent-ils. Au passage, les forestiers dénoncent une situation paradoxale. « D’un côté, l’État compte sur nous pour atteindre ses objectifs de souveraineté énergétique et de décarbonation du bâtiment. De l’autre, le changement climatique rend notre activité toujours plus difficile », expliquent-ils. Et de lister la mortalité croissante des arbres, les sols détrempés qui empêchent les interventions hivernales et les risques d’incendie qui interrompent les chantiers pendant l’été.

À ces difficultés s’ajoutent, selon eux, les restrictions imposées pour protéger la biodiversité. Certaines règles réduiraient excessivement les périodes pendant lesquelles les professionnels peuvent intervenir en forêt. « Les forestiers sont les premiers gardiens de la forêt », affirment ses représentants. « Nous devrions pouvoir entretenir les massifs tout au long de l’année, notamment au printemps. En cas d’impossibilité d’exercer notre travail,  la création d’un système d’indemnisation serait de bon aloi lorsque nos entreprises doivent interrompre leurs activités. Car lorsqu’un arrêté préfectoral impose la cessation de notre travail, les charges continuent de courir », rappellent les manifestants. 

« Stop aux usines à gaz de Bruxelles »

Les forestiers ont également les réglementations européennes dans leur ligne de mire. Dans leur document de revendications, ils dénoncent notamment les obligations de traçabilité prévues par le règlement européen contre la déforestation. « Stop aux usines à gaz de Bruxelles », lancent-ils. « Les métiers du bois offrent des emplois non délocalisables dans les territoires ruraux. Mais l’empilement des normes et la bureaucratie découragent les vocations », écrit-il. Contre cela, le collectif réclame une simplification des règles, une révision du calcul des cotisations à la Mutualité sociale agricole et le retour de la forêt et de la filière bois sous la tutelle du ministère de l’Agriculture.

Malgré ce tableau sombre, les professionnels veulent rappeler l’importance de leurs métiers. « Nos métiers se pratiquent en pleine nature, ne se délocalisent pas et ne seront pas remplacés par l’intelligence artificielle », soulignent-ils dans un message adressé aux étudiants. Avant de lancer : « Ce sont des métiers d’avenir. La filière bois recrute.  Le bois-énergie est aujourd’hui la première source d’énergie renouvelable en France », rappellent-ils.  Reste à savoir si le gouvernement répondra à leurs demandes et si cette mobilisation se prolongera dans les prochains jours. 

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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