Pendant plusieurs mois, les vols d’outillage ont empoisonné le quotidien de nombreux artisans d’Ille-et-Vilaine. Des dizaines de professionnels ont découvert leurs véhicules fracturés et leur matériel disparu. Au total, 143 artisans ou entreprises du département figurent parmi les victimes identifiées d’une vaste série de vols commis dans le Grand Ouest. Depuis mardi 13 octobre 2026, six hommes comparaissent devant le tribunal correctionnel de Rennes pour leur implication présumée dans cette affaire.
En décembre 2024, Rennes Infos Autrement avait déjà relayé l’alerte lancée par la gendarmerie d’Ille-et-Vilaine. Les militaires constataient alors une multiplication des vols d’outillage dans les véhicules utilitaires, particulièrement ceux des professionnels du bâtiment. Le phénomène touchait aussi bien les fourgons stationnés devant les domiciles que ceux garés sur la voie publique ou à proximité des chantiers. Près de deux ans plus tard, le procès qui s’est ouvert à Rennes permet de mesurer l’ampleur de cette délinquance.
400 faits commis
Dans ce dossier, près de 400 faits ont été recensés dans plusieurs départements, dont environ 160 en Ille-et-Vilaine. Au total, 175 victimes ont été identifiées dans le Grand Ouest. Dans le département breton, une cinquantaine de communes ont été concernées, parmi lesquelles Saint-Méen-le-Grand, Vitré, Balazé, Pocé-les-Bois, Châteaubourg, Châteaugiron, Mélesse, Montfort-sur-Meu ou encore Combourg. Au-delà du nombre impressionnant de vols, cette affaire met en lumière les conséquences économiques de ces cambriolages. Pour un artisan, la disparition de perceuses, de scies, de ponceuses, de meuleuses ou de compresseurs représente souvent plusieurs milliers d’euros de pertes. Mais le préjudice ne se limite pas à la valeur du matériel. Sans ses outils, un professionnel peut se retrouver dans l’impossibilité d’honorer ses chantiers, contraint de racheter rapidement des équipements pour poursuivre son activité.
Les vols auraient été commis selon une organisation méthodique. Les auteurs présumés, venus de région parisienne, ciblaient les véhicules professionnels pendant la nuit. Après avoir forcé les systèmes de fermeture, ils emportaient les machines électroportatives, mais également leurs accessoires et les fournitures utilisées quotidiennement sur les chantiers. Certaines nuits auraient été particulièrement fructueuses pour les malfaiteurs. Jusqu’à treize véhicules auraient ainsi été visités au cours d’une même expédition. Le 12 janvier 2025, plusieurs communes du pays de Vitré et des environs de Châteaugiron ont notamment été touchées en quelques heures.
Les investigations ont conduit les enquêteurs vers plusieurs communes franciliennes, notamment Chelles, Le Blanc-Mesnil, Drancy, Champigny-sur-Marne et Argenteuil. Les équipes soupçonnées d’avoir participé aux vols auraient effectué des allers-retours entre l’Île-de-France et les départements de l’Ouest, en utilisant notamment des véhicules de location. Une fois le matériel dérobé, celui-ci aurait été acheminé en région parisienne pour être stocké et proposé à la revente. Les enquêteurs se sont également intéressés aux personnes susceptibles d’avoir récupéré les outils et participé à leur commercialisation, notamment par l’intermédiaire de plateformes en ligne.
Devant le tribunal correctionnel de Rennes, quatre hommes doivent répondre de vols aggravés et de participation à une association de malfaiteurs. Deux autres sont poursuivis pour recel. Selon les infractions reprochées, les peines encourues peuvent atteindre dix ans d’emprisonnement. Plusieurs procédures liées à cette affaire ont déjà été examinées par d’autres juridictions, notamment à Brest et à Angers. À Rennes, un mineur avait également été condamné en juillet 2026 à dix-huit mois d’emprisonnement, dont neuf mois ferme.
Dès décembre 2024, la gendarmerie avait rappelé quelques précautions élémentaires pour limiter les risques de vol. Elle conseillait notamment de stationner les utilitaires contre un mur afin d’empêcher l’ouverture des portes arrière, de privilégier les garages fermés et d’éviter, autant que possible, de conserver du matériel coûteux dans les véhicules pendant la nuit. Les militaires recommandaient également de relever les numéros de série des outils pour faciliter leur identification en cas de découverte. En présence d’une effraction, ils invitaient les victimes à ne pas toucher aux traces laissées par les auteurs afin de permettre leur exploitation par les enquêteurs.


