Ce vendredi 9 octobre, rue Ginguené, à Rennes, plusieurs élèves du lycée Sainte-Geneviève expriment leur incompréhension après une intervention des forces de l’ordre devant leur établissement. Ils assurent avoir organisé un blocage pacifique, sans violence ni débordement. Cette ambiance contraste avec celle observée devant d’autres lycées rennais, notamment Émile-Zola, où des éléments radicaux ont encore cherché, ce matin, la confrontation avec les policiers.
Devant les grilles du lycée Sainte-Geneviève, rue Ginguené, l’atmosphère est à la fois revendicative et amère, ce vendredi matin. Quelques poubelles, des panneaux de signalisation et des affiches, posés dans un coin, témoignent de la mobilisation lycéenne qui se poursuit à Rennes depuis plusieurs jours. Mais les élèves rencontrés sur place ont surtout envie de raconter leur expérience. Ils ne comprennent pas pourquoi les forces de l’ordre sont intervenues alors qu’ils affirment n’avoir commis aucune violence.
« On manifestait pacifiquement. On avait juste mis nos barrières, quelques poubelles et nos affiches. On laissait les collégiens passer, les profs passer, et tout se passait bien », raconte une jeune fille. Selon elle, l’arrivée d’un premier policier n’avait d’abord suscité aucune inquiétude. « On s’est dit que c’était pour la sécurité, au cas où. » Mais rapidement, plusieurs agents sont intervenus. « Ils étaient onze. Ils nous ont virés, en fait ! »
Une autre lycéenne complète son récit. « Ils sont passés derrière nous et nous ont demandés de partir. Après, ils ont enlevé toutes nos barrières et nos affiches. » Certains jeunes auraient également été isolés pour faire l’objet de contrôles. « Ils en ont pris quelques-uns sur le côté pour les fouiller parce qu’ils n’étaient pas du lycée », précise la première élève. Les manifestantes regrettent aussi la disparition de leurs pancartes. « Ils les ont déchirées », assure l’une d’elles.
« On ne faisait même pas de bruit ! »
Dans le groupe, un garçon raconte avoir été interrogé sur ses opinions politiques. « On m’a demandé si je votais plutôt extrême gauche ou extrême droite. J’ai dit gauche. Je n’ai pas compris. » Les lycéennes insistent, elles, sur le caractère pacifique de leur mobilisation. « On ne faisait même pas de bruit ! », lance l’une d’elles. Une autre affirme que des élèves présents à l’intérieur de l’établissement soutenaient également le mouvement. « On était vraiment tous ensemble, pacifiquement. Aucun débordement, rien. »
Le calme revendiqué par les élèves de Sainte-Geneviève contraste toutefois avec les tensions observées devant d’autres établissements rennais. Au lycée Émile-Zola, notamment, des éléments radicaux ont cherché la confrontation avec les forces de l’ordre. Barricades, feux de poubelles et interventions des policiers ont marqué cette nouvelle matinée de mobilisation. À 8 h 45, les sapeurs-pompiers étaient déjà à pied d’œuvre pour éteindre un incendie de poubelles à proximité des grilles de l’établissement.
À Saint-Martin, les cours à distance prolongés jusqu’à lundi
L’intervention rue Ginguené n’est peut-être pas étrangère aux événements de la veille. Sainte-Geneviève appartient en effet à l’ensemble scolaire Saint-Martin, dont la direction aurait déploré, ce jeudi, l’absence d’un soutien suffisamment rapide pour lever le blocus. Les autorités ont-elles voulu éviter que la contestation ne gagne d’autres sites de cette institution privée ? L’hypothèse mérite d’être posée, alors que la mobilisation touche désormais de nombreux établissements rennais.
Toute manifestation non déclarée est illégale », un policier
Dans un courrier adressé aux familles, la direction de Saint-Martin revient sur les difficultés rencontrées jeudi 8 octobre. Elle avait espéré pouvoir rétablir l’accès au lycée et permettre aux élèves de rejoindre leurs salles de classe. « Nous avons attendu un soutien qui n’est pas venu rapidement pour permettre l’accès au lycée », explique-t-elle. L’ouverture de la porte des livraisons, à 9 h 15, avec l’aide des forces de police, n’a pas suffi à mettre fin à la manifestation. Certains élèves ont rejoint leurs cours, d’autres sont rentrés chez eux, tandis qu’une partie est restée devant l’établissement.
Face à cette situation, la direction a finalement décidé d’interrompre les enseignements en présentiel. « Nous avons pris la décision de fermer l’établissement car nous n’étions pas du tout sûrs d’assurer la sécurité des élèves devant l’établissement », précise-t-elle. Les cours se poursuivront donc à distance ce vendredi 9 octobre et lundi 12 octobre. Le retour de tous les élèves est annoncé pour mardi 13 octobre au matin.
Dans son courrier, la direction ne dissimule pas ses préoccupations. « Nous vous partageons nos questionnements et nos inquiétudes sur la suite de ce mouvement. Nous souhaiterions vivement pouvoir mettre en œuvre notre mission et permettre aux jeunes d’accéder aux cours. » Une nouvelle communication aux familles est prévue lundi en fin d’après-midi. Mais le retour à la normale pourrait être de courte durée : une nouvelle manifestation est annoncée mardi prochain.


