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lundi 5 octobre 2026
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La guerre des tags est-elle perdue ?

À Rennes, la « guerre des tags » s’est invitée au dernier conseil municipal, à l’occasion d’une délibération consacrée à la rénovation du centre ancien. Alors que le leader de l’opposition, Charles Compagnon (Vivre Rennes) dénonce le coût de l’effacement et réclame davantage de sanctions, la maire Nathalie Appéré reconnaît une nette dégradation de la situation durant l’été, particulièrement dans le nord du centre-ville.

À Rennes, l’on restaure d’un côté, l’on nettoie de l’autre. C’est ce paradoxe qu’a voulu pointer Charles Compagnon lors de l’examen d’un nouveau programme consacré aux immeubles dégradés du centre ancien. Sur le fond, il n’existe pas de désaccord concernant la nécessité de poursuivre les rénovations. 245 immeubles ont déjà été réhabilités, représentant 110 millions d’euros de travaux et 63 millions d’euros d’aides publiques. Un cinquième programme doit désormais concerner quatorze immeubles particulièrement dégradés, notamment dans les secteurs des rues Saint-Michel, Le Bastard, Pont-aux-Foulons et Champ-Jacquet.

Mais pour l’élu d’opposition, impossible de parler du patrimoine sans évoquer les tags qui recouvrent une partie des façades du centre-ville. « Il suffit de marcher dans Rennes pour constater l’ampleur du phénomène. De constater l’ampleur du désastre ! », a-t-il lancé. En observateur éclairé des rues rennaises, Charles Compagnon prend soin de distinguer ces inscriptions sauvages du street art, des fresques ou des œuvres réalisées avec l’accord des propriétaires. « Je parle des tags sauvages. Ceux que l’on impose aux autres. Ceux qui dégradent le bien d’un particulier, d’un commerçant ou le patrimoine collectif. »

Le tonneau des Danaïdes

Selon les chiffres avancés par l’élu, 30 000 m² de tags seraient effacés chaque année à Rennes, au cours de quelque 12 500 interventions, pour un coût annuel de 450 000 euros. « On efface le lundi ce qui sera parfois retagué le mardi. Ce n’est plus une politique publique, c’est le tonneau des Danaïdes », a-t-il dénoncé. Après six années d’interpellations sur le sujet, lors de différents conseils municipaux, Charles Compagnon réclame désormais davantage que l’effacement. Il souhaite la mobilisation de la police municipale, le recours à la vidéoprotection lorsqu’elle permet d’identifier les auteurs, le dépôt de plainte systématique lorsque le patrimoine municipal est dégradé, mais aussi la recherche de sanctions et de réparations.

«À quoi bon restaurer magnifiquement nos immeubles si nous acceptons que leurs façades deviennent ensuite des supports de tags sauvages ? », a-t-il interrogé.  «Rénover le centre ancien », c’est aussi protéger le patrimoine une fois les travaux achevés. Il faut nettoyer, bien sûr. Mais surtout, il faut empêcher, identifier et sanctionner. » Rennes est loin d’être la seule grande ville confrontée au phénomène. À Nantes (majorité socialiste), quelque 110 000 à 130 000 m² de tags et graffitis sont effacés chaque année, pour un coût estimé à 2 millions d’euros.

Face à leur recrudescence, Nantes Métropole a renforcé les moyens consacrés au nettoyage. Son équipe spécialisée compte une vingtaine d’agents, contre treize auparavant, auxquels s’ajoute un prestataire privé. La collectivité intervient également gratuitement sur les façades privées accessibles depuis l’espace public. La métropole nantaise tente parallèlement d’agir en amont. La vidéoprotection a notamment permis d’identifier et d’interpeller un auteur présumé en 2025. Vingt-sept « murs libres » sont également mis à disposition des graffeurs, afin d’offrir des espaces autorisés à cette pratique.

À Paris, les montants sont encore plus importants. La capitale consacre plusieurs millions d’euros chaque année à l’enlèvement des graffitis. Une enveloppe de 6,4 millions d’euros a notamment été réservée à leur effacement et à la remise en peinture du mobilier urbain. Les Parisiens peuvent signaler les dégradations grâce à l’application DansMaRue. La Ville expérimente aussi le financement de fresques sur certains rideaux métalliques de commerces, avec l’idée qu’une création artistique puisse limiter les inscriptions sauvages.

Des batailles perdues ? 

Rapportés aux surfaces nettoyées, les chiffres de Rennes et de Nantes sont d’ailleurs assez proches : environ 15 euros par m² à Rennes, contre 15 à 18 euros à Nantes, même si les prestations comptabilisées ne sont pas nécessairement identiques. Toutefois, la réponse n’est pas seulement financière. Le Code pénal sanctionne le fait de tracer sans autorisation des inscriptions, signes ou dessins sur les façades, véhicules, voies publiques ou mobilier urbain. Lorsque le dommage est léger, l’infraction peut être punie d’une amende pouvant atteindre 3 750 euros, assortie d’une peine de travail d’intérêt général.

Maire de Rennes, Nathalie Appéré n’a pas cherché à minimiser le phénomène. Contre ces « dégradations», la ville dépose plainte lorsqu’elle est en mesure de le faire, notamment lorsque son mobilier urbain ou ses bâtiments sont concernés. Reste la difficulté d’identifier les auteurs. Même dans les secteurs couverts par la vidéoprotection, les personnes filmées sont souvent masquées et donc difficilement identifiables, a rappelé la maire. Les possibilités d’intervention sont également contraintes par les conditions de flagrance.

Mais Nathalie Appéré a surtout reconnu que la situation s’était détériorée ces derniers mois. « Certains secteurs sur lesquels je considère que nous avions repris la main par une politique notamment acharnée d’effacement, nous avons reperdu du terrain cet été », a-t-elle concédé. La maire avance notamment une explication : l’arrêté sécheresse, qui a limité l’utilisation de l’eau pour le nettoyage des façades. Les services municipaux ont dû concentrer leurs interventions sur les tags à caractère injurieux, pour lesquels une dérogation avait été obtenue auprès de la préfecture. D’autres techniques existent, comme le sablage ou le recouvrement, mais l’arrêté a néanmoins perturbé l’organisation de l’équipe chargée des tags.

« Il y a un certain nombre, notamment sur le secteur du centre nord, de façades qui sont considérablement dégradées », a reconnu Nathalie Appéré. Quant à la « guerre des tags », la maire n’a finalement pas rejeté l’expression. « S’il faut l’appeler la guerre des tags, appelons-la la guerre des tags », a-t-elle répondu, avant de reconnaître pour la première fois que « quelques batailles sont perdues », singulièrement dans le centre nord. La ville désire donc poursuivre sa politique d’effacement, de prévention et de dépôts de plainte lorsque ceux-ci sont possibles. Nathalie Appéré tient toutefois à distinguer ces dégradations de l’expression artistique dans l’espace public, que la municipalité entend continuer à soutenir. 

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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