À la fin de l’été 1899, Rennes se retrouve sous les projecteurs du monde entier. C’est dans la capitale bretonne que se tient le second procès du capitaine Alfred Dreyfus, quelques mois après la publication du célèbre J’accuse… ! d’Émile Zola. Une page majeure de l’histoire à redécouvrir au fil d’une visite guidée à travers les lieux qui ont marqué l’Affaire.
« Après J’accuse, l’État et l’armée n’ont plus d’autre choix que d’organiser un nouveau procès », rappelle Gilles Brohan, animateur de l’architecture et du patrimoine à Destination Rennes. « Rennes est choisie parce qu’elle dispose d’un tribunal militaire, mais aussi parce qu’on pense qu’une ville éloignée de Paris limitera l’impact médiatique de l’événement. À l’époque, il faut huit heures de train pour rejoindre la Bretagne. »
Le transfert d’Alfred Dreyfus est lui aussi minutieusement organisé. Débarqué à Port-Haliguen, près de Quiberon, après son retour du bagne de Guyane, le capitaine rejoint Rennes par le train. « Pour éviter la foule et les nombreux journalistes qui l’attendent en gare, le convoi est arrêté avant la ville, au niveau de La Rablais, à Saint-Jacques-de-la-Lande. Dreyfus est ensuite conduit discrètement en fiacre jusqu’au tribunal », explique le guide.
Les lieux rennais de l’Affaire
Le procès ne se déroule pourtant pas dans le tribunal militaire. « La salle du conseil de guerre est trop petite et particulièrement étouffante en plein été. Les autorités choisissent donc la grande salle des fêtes de l’actuel lycée Zola, juste en face, où la sécurité est plus facile à assurer », souligne Gilles Brohan. Malgré ces précautions, l’un des avocats du capitaine sera victime d’un attentat et blessé par balle.
La visite entraîne ensuite les participants dans plusieurs lieux emblématiques de cette page d’histoire. Le Café de la Paix, place de la République, devient le quartier général des journalistes venus couvrir le procès, tandis que beaucoup logent à l’Hôtel Moderne, sur l’actuel quai Lamenais. « L’épouse d’Alfred Dreyfus, rejetée par les hôtels rennais, trouvera finalement une chambre dans l’actuelle rue Duhamel », ajoute Gilles Brohan. À quelques pas, les télégraphes installés dans la nouvelle Poste permettent aux journaux de relayer presque instantanément les débats jusqu’à Paris. Plus loin, l’hôtel Lecoq-Gadby est alors considéré comme le fief des dreyfusards.
« Rennes a été profondément marquée par cette affaire », conclut Gilles Brohan. « C’est pourquoi il est important de faire revivre cette mémoire à travers les lieux où l’Histoire s’est écrite. »
Une visite est proposée chaque vendredi à 14h30 jusqu’au 4 septembre. Réservation obligatoire.


