Série d’été : où sont nos statues ?
Tout au long du mois d’août, découvrons les oeuvres d’arts rennaises… que l’on croise parfois sans y prêter attention. Aujourd’hui, direction la coulée verte du Landry.
Installé en 1989 dans la coulée verte du collège du Landry, à Rennes, L’Arc de triomphe pour figurois et figuriennes d’Érik Dietman voit le jour dans le cadre du Bicentenaire de la Révolution française. Loin de la solennité habituelle de ce type de monument, l’artiste suédois propose ici une œuvre décalée, presque irrévérencieuse, qui détourne les codes du triomphe.
Recouvert de mosaïques réalisées « façon Odorico » — posées par un artisan pendant deux mois — l’arc surprend par son esthétique hybride. Sa structure rompt avec la tradition : composée de deux portes et de deux demi-portes, soutenues par un pilier végétal, une chaîne et un pilier en brique, elle ne guide plus un défilé, mais invite à la déambulation. Historiquement, l’arc de triomphe marquait le passage du militaire au civil, célébrant une victoire. Ici, Dietman en fait un « anti-arc » : sans perspective monumentale, sans héros à glorifier.
L’attique en mosaïque, évoquant presque des émoticônes, s’inscrit dans la tradition des mosaïstes rennais Odorico. Au sommet, une basse-cour vient parachever l’ensemble, ajoutant une touche d’ironie typiquement postmoderne. Le regardeur n’est plus spectateur d’un récit imposé, mais invité à imaginer, à s’approprier l’œuvre et à inventer ses propres symboles.
Né en 1937 à Jönköping (Suède) et mort en 2002 à Paris, Érik Dietman est une figure singulière de l’art contemporain. Refusant les conventions, il développe une œuvre libre, mêlant humour, détournement et expérimentation. Présent dans les collections du Centre Pompidou, il a également exposé à Rennes, notamment à La Criée. Avec cet arc atypique, il inscrit dans l’espace public une réflexion critique sur l’histoire, les symboles et leur réinvention.


