À quelques jours de la demi-finale de la Coupe du monde entre la France et l’Espagne, programmée ce mardi 14 juillet, la colère monte chez les cafetiers rennais. L’interdiction de vendre de l’alcool à emporter et la suppression de l’autorisation exceptionnelle permettant aux bars de rester ouverts toute la nuit risquent, selon eux, de gâcher l’une des soirées les plus importantes de l’année. Beaucoup d’entre eux dénoncent même une décision « incompréhensible » et demandent à la préfecture d’assouplir son arrêté.
« On nous empêche tout simplement de travailler », lâche l’un d’eux, sous couvert de l’anonymat, pour éviter toutes représailles administratives. Depuis le début de la Coupe du monde, son établissement accueille les supporters venus suivre les rencontres. Certains restent en terrasse, d’autres regardent les matchs debout devant le bar, avec des boissons servies dans des gobelets. Mais ce mardi soir, cette pratique pourrait être considérée comme de la vente à emporter. « Les personnes qui seront debout en dehors de la terrasse ne pourront théoriquement plus être servies. Pour une demi-finale de Coupe du monde, c’est une mission impossible à gérer. On va encore nous demander de faire la police, alors que ce n’est pas notre métier. »
En Ille-et-Vilaine, la préfecture interdit la vente à emporter des boissons alcoolisées des troisième, quatrième et cinquième groupes sur l’ensemble du département, du lundi 13 juillet à 16 heures au mardi 14 juillet à 6 heures, puis du mardi 14 juillet à 16 heures au mercredi 15 juillet à 6 heures. La mesure concerne notamment les supermarchés, supérettes, épiceries et stations-service, mais elle pourrait également avoir des conséquences sur les établissements servant des boissons à des clients installés hors de leurs terrasses autorisées.
Un peu de tolérance, bordel! », un serveur passablement énervé.
Pis encore, la préfecture d’Ille-et-Vilaine a annulé l’autorisation exceptionnelle accordée habituellement aux bars et restaurants pour rester ouverts toute la nuit à l’occasion de la fête nationale. Les établissements devront donc fermer à l’heure réglementaire. Cette décision passe mal chez les professionnels, alors que la rencontre entre la France et l’Espagne pourrait attirer de nombreux supporters dans le centre-ville de Rennes. « Ils nous suppriment déjà la soirée du 14-Juillet et, en plus, on ne pourrait pas travailler normalement pendant une demi-finale de Coupe du monde. Cela n’a plus de sens », s’agace le bistrotier. «Il faudrait à minima envisager une fermeture à 2 heures, plutôt qu’une mesure aussi drastique. »
Le professionnel conteste au passage l’argument lié aux fortes chaleurs. « Lors de la Fête de la musique, il faisait 35 ou 36 degrés et nous avons eu le droit de travailler. Tout s’est très bien passé. Mardi, les températures annoncées sont moins élevées. Il faut tenir compte de l’évolution de la météo et adapter les décisions. S’il faisait encore 40 degrés à minuit, je pourrais comprendre. Mais là, il faut nous laisser travailler un peu. » Pour lui, ces restrictions interviennent dans une période déjà particulièrement difficile pour les bars et les restaurants. « Nous souffrons suffisamment de la baisse de fréquentation et de chiffres d’affaires fragiles. Les grandes soirées comme celle-ci nous permettent de compenser les périodes creuses. Si on nous enlève également ces rendez-vous, cela va devenir de plus en plus compliqué. »
Le bistrotier craint aussi l’incompréhension des clients. « Les gens vont sortir de chez eux et chercher un endroit pour regarder le match. Ils ne comprendront pas pourquoi ils ne peuvent pas boire un verre debout devant un établissement. Cela risque de créer des tensions. Nous sommes prêts à être responsables, mais il faut que les mesures restent applicables. » Plus largement, il dénonce des arrêtés appliqués uniformément à l’ensemble de l’Ille-et-Vilaine, sans tenir suffisamment compte des différences de températures entre Rennes et le littoral. Il demande ainsi à ce que les maires soient compétents pour réglementer ces autorisations ou interdictions. « Il peut faire 35 degrés à Rennes et seulement 28 degrés sur la côte. Pourtant, les mêmes interdictions s’appliquent partout. À un moment donné, il faudrait peut-être permettre aux collectivités d’adapter les décisions à la réalité locale. »
La préfecture justifie ces mesures par la nécessité de prévenir les débordements liés aux festivités du 14-Juillet et au match France-Espagne. Selon les services de l’État, la consommation d’alcool sur la voie publique favorise les violences, les nuisances et les troubles à l’ordre public. Dans un contexte de fortes chaleurs, les autorités souhaitent également éviter les alcoolisations massives et limiter la pression sur les services de secours et les urgences hospitalières. La préfecture a par ailleurs interdit les feux d’artifice dans le département jusqu’au mercredi 15 juillet, en raison du risque élevé d’incendie. Mais pour certains professionnels rennais, les autorités doivent encore revoir leur copie concernant les bars. « Nous ne demandons pas un passe-droit. Nous demandons simplement une mesure proportionnée et applicable. Mardi soir, il faut nous laisser travailler», ajoute un autre chef d’établissement bien connu à Rennes.



