36.5 C
Rennes
samedi 11 juillet 2026
AccueilActualités1976 : à la Massaye, l'été où la chaleur semblait ne jamais...

1976 : à la Massaye, l’été où la chaleur semblait ne jamais finir pour les petits du centre aéré

Il y a des souvenirs qui ne s’effacent jamais. Les visages s’estompent avec le temps, les noms disparaissent, mais certaines odeurs, certaines lumières et certaines chaleurs restent gravées à vie. L’été 1976 est de ceux-là. À sept ans, Jean, petit Rennais, découvrait la canicule sans savoir qu’elle entrerait dans l’histoire. Il raconte son été.

« Elle était là, devant moi. Nous étions au début du mois de juillet 1976. J’avais sept ans. « Tiens, tu reviens cette année !» me lançait la monitrice devant les grilles du lycée de Bréquigny. Autour de moi, des bambins en bermudas, chemisettes à col en V, chaussettes blanches et Adidas aux pieds attendaient le départ. Ma mère m’avait déposé là, au milieu de petits inconnus de toutes les écoles publiques rennaises. Je ne faisais pas partie des heureux élus qui passaient l’été chez leurs grands-parents, à Saint-Briac. Cette année-là, comme les précédentes, la priorité était donnée à ma cousine. Alors, comme tous les étés, direction le centre aéré de la Massaye, avec mon frère et tout de même quelques copains de tout horizon social.

C’était une année à guêpes

Sans le savoir, nous allions vivre l’un des étés les plus torrides du siècle. Les météorologues le rappelleront plus tard : « le printemps 1976 est le plus sec depuis au moins cent ans sur une grande moitié nord de la France ». Nous, les enfants, nous n’en savions rien. Nous montions chaque matin dans les bus sans climatisation qui nous emmenaient vers la campagne, loin d’une ville de Rennes qui n’était pas encore dirigée par Edmond Hervé. Quelques mois plus tard, la gauche gagnerait la mairie. Mais, cet été-là, nos préoccupations étaient ailleurs. 

À la Massaye, je redécouvrais la campagne. J’observais surtout cette herbe jaunie, presque blanche, qui craquait sous les chaussures. Elle dégageait une odeur si particulière, celle d’une terre brûlée par le soleil. Sous un ciel sans le moindre nuage moutonneux, les moniteurs organisaient des interminables parties de balle au prisonnier et d’autres jeux dont j’ai oublié les noms. Nous courions pendant des heures, sans casquette ou presque, sans crème solaire, sans gourde vissée à la main. On ne parlait pas d’hydratation. On ne buvait quasiment pas d’eau. On jouait, tout simplement. Avec le recul, cela paraît presque inconscient.

L’après-midi venait le temps de la sieste. Nous étions installés sous de grandes tentes bleues, couchés sur des lits de camp. La température devait approcher les 40 degrés, voire sans doute plus. À l’intérieur, l’air était étouffant, suffocant. Je me souviens d’avoir eu très chaud sur les toiles hyper chaudes. Personne n’imaginait alors installer des ventilateurs pour les enfants. C’était un autre temps. On supportait la chaleur en attendant que le sommeil vienne tant bien que mal. Il fallait surtout ne pas bouger…

Au goûter, c’était presque toujours la même chose : du sirop dans des grandes carafes en plastique et de grosses tartines rassies de pain recouvertes de confiture de fraises. C’était une véritable invitation pour les guêpes, omniprésentes cet été-là. Les moniteurs nous répétaient de faire attention. Il ne fallait surtout pas en avaler une, sous peine de partir « dare-dare » à l’hôpital. Je ne me souviens pas qu’un enfant ait heureusement connu ce sort. En revanche, une autre mésaventure est restée gravée longtemps dans ma mémoire.

Cette année-là, les animateurs avaient imaginé une chasse au trésor dans le petit bois voisin. Le trésor était caché dans un trou. Nous étions munis de cartes. Tout semblait parfait… jusqu’au moment où un gamin, armé d’un bâton, frappa sans le savoir dans un nid de frelons. En quelques secondes, ce fut la panique avec un bruit assourdissant de cris et de « bizz-bizz ». En quelques secondes, les frelons fondaient sur les enfants. Cinquante ans plus tard, je revois encore la scène comme si elle s’était déroulée hier.

Je me souviens aussi d’un garçon que tout le monde appelait « Tête de Turc ». À l’époque, il était le souffre-douleur du groupe. Les moqueries étaient permanentes. Personne ou presque n’y trouvait à redire et lui supportait les vexations. C’était un autre temps, avec d’autres mœurs, où l’on parlait peu de harcèlement et où certaines cruautés enfantines passaient pour de simples plaisanteries. 

Mais finalement, ce dont je garde le souvenir le plus vif, ce n’est ni un jeu, ni un visage. C’est cette chaleur écrasante qui semblait ne jamais vouloir s’arrêter. À la Massaye, il n’y avait guère d’endroit pour se rafraîchir. L’ombre était rare. Pourtant, nous continuions à courir, à rire et à vivre nos journées d’enfants comme si de rien n’était. Aujourd’hui, alors que chaque épisode caniculaire s’accompagne d’alertes, de recommandations et de plans de prévention, je repense souvent à cet été 1976. Nous étions peut-être plus insouciants. Sans doute aussi beaucoup moins conscients des risques. Certains étés ne s’achèvent jamais tout à fait. « 

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

// Dernières nouvelles publiées

deux feux d’espaces naturels : le déchaumage des agriculteurs a permis de limiter les dégâts

Deux feux d'espaces naturels se sont déclarés ce samedi en Ille-et-Vilaine, mobilisant d'importants moyens des sapeurs-pompiers à La Baussaine et à Essé. Grâce à...
- Advertisement -
- Advertisement -

// Ces articles peuvent vous intéresser