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samedi 20 juin 2026
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UVE de Villejean : surcoûts, retards et accusations de manque de transparence au conseil métropolitain

Trois ans de retards, des dizaines de millions d’euros de surcoûts, des procédures judiciaires toujours en cours et un chantier devenu l’un des plus sensibles de l’histoire récente de Rennes Métropole. Lors du conseil métropolitain du 18 juin, le dossier de l’Unité de valorisation énergétique (UVE) de Villejean a de nouveau provoqué de vifs échanges entre majorité et opposition.

Attendue sur ce sujet particulièrement sensible, Soazig Rouillard, nouvelle vice-présidente chargée des déchets et de l’énergie, a voulu délivrer un message rassurant. «La rénovation arrive à son terme. Nous sommes dans la dernière ligne droite avant la mise en service. L’heure est désormais aux essais, aux vérifications et aux derniers réglages techniques», a-t-elle expliqué. Ecartant toute polémique, elle préfère mettre en avant la pertinence d’un tel ouvrage. «L’UVE modernisée doit permettre de traiter jusqu’à 140 000 tonnes de déchets par an, dont environ 90 000 tonnes issues du territoire métropolitain. Elle nous permet d’améliorer considérablement les performances de l’usine avec des gains énergétiques sans commune mesure : nous allons pouvoir fournir une énergie 100% renouvelable au réseau de chaleur urbain.» 

Mais pour Carole Gandon, élue du groupe Vivre Rennes, ces annonces ne suffisent toutefois plus à masquer les difficultés rencontrées depuis plusieurs années. « Une nouvelle fois, nous sommes confrontés au même constat. Ce qui nous est présenté aujourd’hui comme un nouvel ajustement dans la gestion d’un chantier complexe est en réalité l’aboutissement d’une succession d’erreurs d’appréciation, de décisions contestables et d’un défaut persistant de transparence. » Longuement, l’élue a retracé l’historique du dossier. « Ce fiasco n’a pas commencé avec l’arrêt du chantier. Au lancement de l’opération, plusieurs élus écologistes de votre majorité jugeaient l’équipement surdimensionné. Sont apparues ensuite les non-conformités, puis les expertises, puis les contre-expertises, puis les premiers contentieux, puis le marché de substitution, puis les travaux de reprise, puis les reports successifs de calendrier. Aujourd’hui encore, personne n’est en mesure de garantir que ce calendrier sera enfin le bon. »

Une facture colossale

La facture constitue elle aussi évidemment le cœur du débat. L’élue évoque désormais un coût global pouvant atteindre 260 millions d’euros, soit un surcoût estimé à près de 150 millions d’euros. Pour parvenir à ce chiffre, elle additionne le coût du marché de substitution, le traitement extérieur des déchets pendant l’arrêt de l’usine, les travaux correctifs, les expertises et les procédures contentieuses. « Ce sont des dépenses qui pèsent directement ou indirectement sur les finances métropolitaines et sur les contribuables », a-t-elle lancé.
Au-delà des chiffres, Carole Gandon estime que le dossier révèle un problème plus profond. « Depuis deux ans, à chaque fois que notre groupe — ou plutôt notre non-groupe — a alerté sur les dérives de ce chantier, il nous a été répondu que la situation était maîtrisée. À chaque fois que nous avons demandé des explications sur les retards ou les surcoûts, nous avons été accusés de dramatiser la situation. À chaque fois que nous avons demandé davantage de transparence, nous avons reçu des messages se voulant rassurants. L’UVE de Villejean constitue incontestablement l’un des plus importants échecs techniques, financiers et organisationnels de l’histoire de notre métropole. »
Le débat a pris une autre dimension avec l’intervention de la députée et conseillère métropolitaine Marie Mesmeur. « L’UVE est un outil performant pour traiter nos déchets, produire de l’énergie et réduire l’enfouissement. La planification écologique est une nécessité. Personne ici n’ose dire le contraire, à l’exception peut-être du groupe de Carole Gandon. » Pour l’élue, la question ne porte plus sur l’existence même de l’incinérateur mais sur son mode de gestion. « Le sujet est de savoir qui s’en met plein les poches et qui paye. Ce sont les habitants de la métropole qui assument les surcoûts et tous les usagers du réseau de chaleur qui voient leurs factures augmenter. Autrement dit, les bénéfices sont privatisés, les dysfonctionnements, les risques et les dépassements, eux, sont socialisés. »

Contre ce danger, Marie Mesmeur a alors défendu la création d’une régie publique. « Notre réponse est simple : la régie publique. Une régie publique permet d’abord de remettre la maîtrise du service entre les mains de la collectivité et des citoyens. Chaque euro investi sert directement l’intérêt général plutôt que la rémunération de gros actionnaires. Elle apporte davantage de transparence dans les choix de gestion, un meilleur contrôle démocratique et permet de réinvestir les excédents dans l’amélioration du service ou dans la planification écologique. »
Face à ces critiques convergentes, Soazig Rouillard a répondu point par point. « Je ne pense pas qu’il s’agisse de nos erreurs mais d’une énorme erreur industrielle », a-t-elle déclaré. « Nous porterons cette affaire en justice pour obtenir réparation. Pour autant, je ne crois absolument pas qu’il s’agisse d’un fiasco de maîtrise de nos services puisque, au contraire, nous arrivons aujourd’hui à sortir ce chantier malgré toutes les difficultés rencontrées. (…) Si nous avions suivi le conseil de l’expert judiciaire, jamais l’État ne nous aurait autorisés à mettre en fonctionnement cette usine. Malgré les erreurs énormes du prestataire que nous avions retenu, nous avons réussi à maîtriser ce chantier »

Nous confirmons qu’il y a eu un budget significatif supplémentaire. Mais il ne s’agit pas d’une gabegie financière non plus. »

La fin du débat a donné lieu au moment le plus tendu de la soirée. Devant Nathalie Appéré, présidente de Rennes Métropole, Carole Gandon a une nouvelle fois demandé la communication du rapport final de Bureau Veritas. « Ce document n’a jamais été transmis à la mission d’information », a-t-elle affirmé. La présidente lui a alors répondu qu’elle pouvait se rapprocher de son colistier Charles Compagnon pour l’obtenir. Une réponse immédiatement contestée par l’élue d’opposition : « C’est faux. C’est un mensonge de dire que ce document a été transmis. Il n’a pas été transmis à la mission d’information. » Au-delà de ces échanges parfois vifs, une certitude semble désormais s’imposer : après plusieurs années de retards, de contentieux et de controverses, la remise en service de l’UVE paraît enfin se rapprocher. Pour autant, le volet judiciaire est loin d’être refermé. Une nouvelle étape d’un dossier qui continue de diviser profondément les élus métropolitains et qui risque encore une fois d’alourdir les frais d’un dossier loin d’être…une valorisation financière.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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