Il est des affaires qui marquent à jamais une ville. Celle du jeune Théo, âgé de 11 ans et étranglé le long des rives de la Vilaine un dimanche après-mid, restera longtemps gravée dans la mémoire rennaise. Pour ses proches à jamais meurtris, pour son père, sa mère et son frère jumeau, rien ne pourra effacer l’absence. Face au destin brisé d’un fils, aucun mot ne sera assez fort pour réconforter une famille qui, du jour au lendemain, se retrouve malgré elle sous les feux de l’actualité. Face à une telle tragédie, une évidence devrait pourtant s’imposer : le silence. Ce silence qui protège une famille à laquelle aucun mot, aucune indignation, aucun débat ne rendra un enfant.
Loin du tourbillon médiatique, loin du tumulte, des hommes et des femmes devront désormais apprendre à vivre avec l’effroyable. Dans une vie, la mort d’un enfant n’entre dans aucune logique des choses. Elle bouleverse tout, brise des existences et laisse des familles face à l’incompréhensible. Face à leur immense chagrin, le procureur de la République, Frédéric Teillet, demande aux médias de ne pas harceler les parents. Mais au-delà de certains journaux qui entrent dans l’incorrect, tout le monde doit se taire. Face à l’horreur, il est parfois nécessaire de suspendre les commentaires, les spéculations, les débats. Le silence, parfois, est une forme de respect.
Une réalité si brutale défiant l’entendement.
Dans cette affaire, une maigre consolation demeure : les enquêteurs ont rapidement identifié les auteurs présumés, contrairement à d’autres drames où des familles attendent encore des réponses. Un garçon de 16 ans et une adolescente de 15 ans, jusque-là inconnus de la justice, ont été mis en examen pour meurtre sur mineur de moins de 15 ans et placés en détention provisoire. Deux adolescents de 15 et 16 ans sont aujourd’hui soupçonnés d’avoir ôté la vie d’un enfant pour quelques dizaines d’euros de matériel de pêche dans un buisson quai de la Barbotière, près de la rue Dupont-des-Loges. Selon les premiers éléments de l’enquête, l’un aurait étranglé Théo avec une serviette nouée autour du cou tandis que l’autre l’aurait empêché de crier.
Au cours de leurs auditions, les deux adolescents ont reconnu leur implication. « Les deux mis en cause admettent s’en être pris à Théo, et notamment l’avoir étranglé», a déclaré le procureur Frédéric Teillet. L’autopsie a depuis confirmé la mort par strangulation. Mais une question demeure, vertigineuse : pourquoi ? Selon leurs déclarations, ils auraient agi « pour se venger et pour récupérer des leurres de pêche d’une valeur de quelques dizaines d’euros que Théo leur aurait pris ».
Pour autant, cette hypothèse est loin de refermer le dossier. Comment une altercation autour d’objets de faible valeur a-t-elle pu conduire à un tel déchaînement de violence ? Le rendez-vous fixé par les deux suspects la veille au jeune Théo interroge les enquêteurs. S’agissait-il d’un piège ? Selon une source proche du dossier, les auditions laisseraient apparaître une volonté de « dépouiller » la victime. Les affaires de pêche de Théo ont d’ailleurs été retrouvées lors des perquisitions menées aux domiciles des deux suspects.
Autre question qui traverse déjà Rennes : qui est ce garçon de 16 ans aujourd’hui soupçonné d’avoir contribué à l’irréparable ? Selon des informations révélées par Le Télégramme, l’adolescent avait été scolarisé dans un Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique (ITEP) à Chantepie, une structure qui accueille des jeunes confrontés à d’importantes difficultés psychologiques ou relationnelles perturbant leur scolarité. Il aurait ensuite intégré un accompagnement spécialisé en milieu ordinaire, destiné à éviter les ruptures familiales, scolaires ou sociales. Ces éléments, encore fragmentaires, racontent un parcours déjà cabossé, qui soulève aujourd’hui davantage de questions qu’il n’apporte de réponses.
Dans ce dossier, le juge d’instruction devra désormais démêler la mécanique de ce drame et mesurer l’éventuelle préméditation des faits. Beaucoup restera encore à comprendre. À Rennes, l’émotion reste désormais immense. Depuis dimanche, fleurs, messages et bougies se multiplient près du lieu où Théo a été retrouvé. Une cellule psychologique a été mise en place au collège Échange, où le garçon était scolarisé en sixième depuis septembre. Des dispositifs d’accompagnement ont également été proposés aux élèves, aux enseignants et aux familles. Place dorénavant au recueillement, au respect de l’intimité familiale, aux obsèques d’un enfant de 11 ans parti trop tôt. Dans certains drames, le respect commence là où le bruit s’arrête.


