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EN 1923, LA CHANTEUSE QUADRAGÉNAIRE TUA SON JEUNE AMANT DE 24 ANS

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Née à Paris en 1880, Louise Verstegen était une femme indépendante. Fille d’un concierge, elle est d’abord modiste. A 17 ans, elle devient la maîtresse d’un certain Noreau. Elle l‘épouse et lui donne un enfant. Mais très vite, elle montre des signes d’indépendance. Elle divorce et laisse la garde de son enfant à son mari. Commence alors une vie de bohême. Elle devient chanteuse de café-concert sous le nom de Versigny et part à l’étranger.En 1923, elle a 43 ans. Elle vit avec un jeune homme, Gabriel Chautard, âgé de 24 ans Elle a fait sa connaissance en mai 1921, à Epernay. Sous officier d’artillerie, ancien champion de boxe, il est ancien élève de l’école professionnelle de Caen. Entre les deux amants, la passion. Entre les deux, des disputes violentes et des scènes fréquentes. Ils se tapent parfois. Ils s’injurient souvent.

Le 12 juin 1923, tous deux logent à l’hôtel de l’Ouest, à Fougères. La veille, Louise a acheté un revolver, à Vitré. Il est tôt. Trois détonations claquent dans l’établissement. Affolé, l’hôtelier Le Goff monte jusqu’à la chambre des amants. Il perçoit des plaintes. Il tambourine à la porte. “Je vous en conjure, ouvrez.” Puis il entend deux ou trois détonations. Venus à la rescousse, les policiers découvrent dans la chambre le jeune homme mort deux balles dans le cœur. A ses côtés, Louise git gravement blessée à la poitrine. Elle a tenté de se suicider. Dans la chambre, on retrouve deux autres revolvers dont l’un dans le sac de la victime.

Un masque de femme fatale

Le 9 novembre, Louise est devant la cour d’assise d’Ille et Vilaine et un très nombreux public. Elle paraît plutôt moins que son âge. “C’est une femme d’un port élégant, d’une taille au-dessus de la moyenne, au teint mat, aux cheveux très noirs cachant presque les oreilles, aux yeux foncés bistrés et verts», explique le chroniqueur d’Ouest-Eclair. Visiblement sous le charme, il continue sa description : Le nez est droit et court, les narines larges (…). L’expression du visage est dure et intelligente. Un masque de femme fatale.”

Dans le box des accusés, Louise porte un large manteau gris ouvert sur son corsage écossais, un chapeau de paille noire avec un haut ruban rose strié de bleu. Elle est gantée de gris. Ecoutant sagement l’acte d’accusation, elle apparaît désinvolte aux yeux de tous. Un brin théâtral. Mais quand viennent les dépositions des témoins, elle se défend bec et ongles. Non, elle n’a jamais menacé son homme avec un revolver et frappé. En montrant son poing fort petit, elle nie les faits : comment voulez-vous que j’ai fait saigner un homme de surcroit champion de boxe !

Hôtelier à Caen, Robert Jacquet a connu le ménage. Lui aussi témoigne contre Louise Verstegen. «Un jour, au restaurant, affirme Monsieur Jacquet, l’accusée aurait dit à Chautard : “si tu me plaques, je te tuerai.” Encore une fois, la chanteuse de cabaret nie formellement : « Je n’ai jamais eu de discussion avec mon ami dans la salle de restaurant. » Bien que tout l’accable, elle tient tête…

Il avait peur de sa maîtresse

Face à la mère de son amant, âgée de 43 ans elle aussi, Louise reste stoïque. Pourtant tout plaide contre elle. “En grand deuil, explique le journaliste, Madame Lemaître raconte, comment, elle et son mari, s’étaient efforcés par tous les moyens d’arracher leur fils à cette femme. Quelques jours avant le drame, Chautard avait même assuré à sa mère qu’il allait partir à l’étranger. Louise l’aurait alors menacé de le tuer.”

Mais contre les dépositions de la famille, Louise avance une autre thèse. Elle aurait annoncé son départ provoquant la colère de son amant. Face à la menace, elle aurait pris son révolver et aurait fait feu. Mais à la lecture de sa version des faits, les témoins s’acharnent encore une fois contre l’accusée. Les voisins de la chambre, le couple Tissier, sont formels. L’époux a entendu une voix d’homme qui criait : au secours ! L’épouse quant à elle affirme catégoriquement n’avoir perçu, aucune discussion avant les tirs.

Un réquisitoire implacable

“Laissez-moi vous dire que je suis un peu scandalisé”, vitupère l’avocat général Guillot. « Pas une larme pour sa victime, pas un mot de pitié pour cette malheureuse mère dont elle a tué les fils. Elle est ce qu’elle a toujours été une femme égoïste, une femme sans cœur, orgueilleuse, lunatique, farouche, hautaine, vindicative, jusqu’au jour où sa vengeance a été satisfaite. Mauvaise épouse, mauvaise mère, mauvaise amante. »

Pour lui, l’affaire est simple. “Louise Verstegen a acheté un revolver à Vitré. L’intention de tuer n’est pas douteuse. » Et de poursuivre : « Que Chautard ait pu, à certains moments, sous l’empire de l’exaspération, menacé sa maîtresse de la tuer, c’est possible, c’est humain. Mais il ne l’a jamais menacé pour l’empêcher de partir – pour la bonne raison qu’elle n’a jamais voulu partir, qu’elle n’est jamais partie. Si elle s’était crue menacée dans son existence, pourquoi n’est-elle pas restée à Bois-Colombes au lieu d’aller le rejoindre à Fougères ?”

Dans son réquisitoire, l’avocat général accable l’accusée. “Chautard avait prévu qu’elle le tuerait pendant son sommeil : vous verrez qu’un jour je ne me réveillerai pas !” Guillot va même jusqu’à dire : “car entre les mains de cette femme, cet hercule était un faible. Ah quelle leçon on pourrait en tirer pour les jeunes gens. » Selon lui, tout démontre que Louise a assassiné son amant. « Elle l’a surtout tué parce qu’elle était la rivale de madame Lemaître, cette mère qui voulait arracher son fils aux griffes de sa maîtresse.”

Le ministère public en est persuadé. “Louise s’est levée pour chercher un revolver et elle a tué Chautard en lui tirant à bout portant dans le dos. La seule circonstance atténuante : la femme Verstegen a voulu se tuer. Mais cette circonstance est une sorte d’aveu : on ne se tue pas quand on est en cas de légitime défense ! Je demande cinq à vingt ans de travaux forcés.”

La défense de l’avocat

Défenseur de Louise, Maitre Chevallier n’est pas dans une position facile. “Défendre un criminel, c’est le défendre seul contre tous pour le protéger contre la vindicte publique. Défendre un criminel, c’est encore autre chose : c’est de scruter son âme…”. Pour la défendre, il préfère évoquer la vie irrégulière de la victime. Il cite les lettres enflammées envoyées à Louise au moment même où il racontait à ses amis de Flers que cette femme voulait le tuer… “Esclave de ses plaisirs dégradés, Chautard en supporte la servitude. Il est las de sa maîtresse. Il est exaspéré. Il ne parle rien moins que de la jeter dans le canal…”

Revenant à l’affaire elle-même, l’avocat estime au contraire que le crime commis à 7 heures du matin suffit à prouver l’absence de préméditation. Et de compléter : “si Louise avait agi de sang froid, elle se serait préparée une défense facile en employant l’arme de la victime… De toutes mes forces et de tout mon cœur, le défenseur demande un verdict d’acquittement.” Louise sera condamnée à 12 ans de travaux forcés par le jury, rejetant la préméditation et admettant les circonstances atténuantes.

A propos de l'auteur

Jean-Christophe COLLET

J-C Collet est journaliste et auteur (Lieux romantiques à Paris, Bretagne Chic, On dit qu'en Bretagne, Bretagne pas chère, Livre blanc sur le Nucléaire...).

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