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AFFAIRE BABACAR GUEYE : NON-LIEU POUR LE POLICIER

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Le 3 décembre 2015, peu après 4h15, les hommes du commissariat de police de Rennes intervenaient au 1, rue Guy Ropartz à Rennes pour maîtriser un individu très agité venant de blesser une personne. Arrivés sur le palier de l’appartement dans lequel il se trouvait, au septième étage d’un immeuble, ils étaient menacés par l’homme porteur d’un couteau. Leur agresseur poursuivait notamment un fonctionnaire de police jusqu’au 9ème et dernier étage de l’immeuble, obligeant ce dernier à faire usage de son arme à feu à plusieurs reprises. L’individu, identifié ultérieurement comme étant Babacar Gueye, né le 6 avril 1988 à Pikine (Sénégal), succombait des suites de ses blessures le jour même. La personne qui l’hébergeait, blessée et ayant contacté les secours, était identifiée comme étant Gabriel Gueye ( aucun lien de parenté entre eux).

Trois enquêtes menées

Le parquet de Rennes décidait immédiatement de l’ouverture de trois enquêtes pénales qui, le 6 juillet 2016, étaient classées sans suite notamment pour cause de légitime défense. Mais l’affaire rebondissait quelques jours plus tard. Par courrier du 20 juillet 2016, la sœur de Babacar Gueye déposait une plainte avec constitution de partie civile près le doyen des juges d’instruction du tribunal de grande instance de Rennes, à l’encontre de quatre policiers pour meurtre ou assassinat commis à l’encontre de son frère. “Le 20 janvier 2017, une information judiciaire était ouverte contre X du chef d’homicide volontaire”, explique le procureur de la République, Philippe Astruc.

Le 25 juin 2019, le policier tireur était placé sous le statut de témoin assisté à l’issue de son interrogatoire de première comparution. “A l’issue de l’information judiciaire, le parquet de Rennes requiert n’y avoir lieu à poursuites pénales. Le fonctionnaire de police ayant fait usage de son arme a répondu de manière concomitante, nécessaire et proportionnée à l’agression de Babacar Gueye sur sa personne. Il a agi en état de légitime défense et doit dès lors être déclaré irresponsable pénalement du chef de meurtre”, explique le Procureur. Pour justifier sa position, le parquet de Rennes tient à revenir sur les faits. “Les investigations ont permis de démontrer la particulière étroitesse des lieux, notamment le hall d’entrée de l’appartement où réside Gabriel Gueye et la cage d’escaliers, dont la largeur a été mesurée à seulement 110cm. Cette situation, conjuguée à la dangerosité que représentait Babacar justifiait que les forces de l’ordre devancent les secours. Elle impliquait inévitablement que seul un nombre restreint de policiers, en l’espèce seulement quatre, puisse effectivement intervenir et entrer en contact avec Babacar.”

Lache ton arme !

Lors de l’intervention, l’ensemble des effectifs de police état identifiable comme tel, ceux du service général étant en uniforme et ceux de la BAC portant leur brassard ” police”.  “De très nombreuses sommations de lâcher son arme ont été faites à Babacar Gueye, notamment dès le début de l’intervention, avant même l’usage des bâtons télescopique. Les deux policiers, dont celui tireur, qui ont été poursuivis dans la cage d’escaliers par Babacar Gueye, confirment les constantes sommations adressées (…). Gabriel Gueye confirme lui avoir entendu ces directives énoncées par les policiers et précise même les avoir répétées à Babacar Gueye en Wolof. En tout état de cause, les proches de Babacar Gueye qui ont été entendus sont formels pour dire que l’intéressé qui apprenait le français, comprenait parfaitement cette langue et pouvait sans difficulté tenir une conversation de qualité.”

De même, des investigations démontrent chez Babacar Gueye un comportement menaçant directement l’intégrité physique de Gabriel Gueye puis des policiers, et particulièrement du policier tireur. “Babacar Gueye, ajoute le procureur, a poursuivi depuis le palier du 7ème étage jusqu’à celui du 9ème étage, soit pendant deux étages complets (soit 32 marches et 4 paliers et demis-paliers), le policier tireur en premier chef et celui qui se trouvait juste derrière lui. Babacar Gueye avait au cours de cette scène son couteau constamment dans ses mains et orienté en direction du policier tireur, sauf lorsqu’il l’a lâché quelques instants à la suite de sa première chute consécutive au premier coup de feu. Les auditions, investigations balistiques et transports réalisés sur place démontrent que la distance séparant Babacar Gueye du policier tireur était très proche, probablement constamment inférieure à deux mètres.”

Clôture de l’information judiciaire

La menace que constituait Babacar Gueye, armé d’un couteau, vis-à-vis des deux policiers était dès lors “certaine et immédiate.” “Il n’existait pas d’autre moyen pour la contenir que de faire en dernier recours usage de l’arme de service dès lors que le 9ème et dernier palier ne représentait aucun échappatoire pouvant être utilisé dans l’urgence. Cinq projectiles balistiques provenant de l’arme de service du policier tireur ont atteint Babacar Gueye au bras gauche, à la cuisse gauche, au dos et deux au niveau du tronc, sans qu’il ne soit possible, selon les experts, de déterminer l’ordre de tir de ces projectiles. Toutefois, l’ensemble des témoignages et des investigations techniques démontre que deux séries de coups de feu ont eu lieu. La première s’est déroulée sur le palier du 8ème étage et caractérisée par un seul tir, et la seconde, sur le palier du 9ème étage et caractérisée par 4 autres tirs. Ces deux séries de tirs n’ont pas permis de mettre fin à l’action de Babacar Gueye, qui s’est relevé et a repris sa marche menaçante et armée envers le tireur après le premier tir, et qui a du être maitrisé et menotté suite à la seconde série de tirs.”

Le parquet de Rennes a transmis le 12 février 2021, au terme d’un document de 30 pages, ses réquisitions de non lieu dans le cadre de l’information judiciaire relative au décès de Babacar Gueye.  Il appartient désormais au magistrat instructeur, éclairé notamment par les observations éventuelles de la partie civile et du policier placé sous le statut de témoin assisté, de rendre dans les prochaines semaines une ordonnance qui viendra clôturer l’information judiciaire. Pour aller plus loin : c’est ici

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jean-christophe collet

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